29.11.2009
Pauvre gosse
Cette semaine, entre 5 et 7 (du matin), j'étais dans ma voiture et j'écoutais France Inter, comme d'habitude. Ce matin-là, il était question d'un premier roman "Mes illusions donnent sur la cour", dont le titre n'est pas une invention mais un repompage de Gainsbourg. C'est la voix de l'auteur, un jeune homme de 19 ou 20 ans, Sacha Sperling, qui a attiré mon attention. Rarement ailleurs que sur la ligne Auteuil Passy j'avais entendu ce type d'intonations, tellement précieuses, snobs, dénaturées et, soyons clairs, ridicules. J'ai tout de même écouté la fin de l'entretien, car il me semblait que le clou allait finir de me convaincre.

Ce roman qui, semble-t-il, est une autofiction, consacre ses pages à faire état du désoeuvrement d'une jeunesse argentée et sans passions. Pas vraiment nouveau comme thème, même si le traitement peut pour une fois sortir de l'ordinaire. Ma curiosité n'ira pas jusqu'à le lire, pour la simple raison que rien dans le discours du jeune homme, pas plus que dans ses références littéraires (Beigbeder arf!!), ne laisse poindre une particularité hors de ce siècle pauvre.
A 5h45 j'avais la réponse à ma question: "de qui est-il le fils ce paltoquet?". Bien qu'hésitant à le révéler, car pas bien à l'aise dans son identité, il a laissé dire à la journaliste que ses parents étaient Kurys et Arcady, deux personnages bien implantés dans le circuit, mais pas vraiment des sommités culturelles. Evidemment, ça m'a fait sourire, j'ai pensé "encore un!".
Si par miracle Sacha arrive à se sortir de sa lignée, la réussite ne sera pas sans efforts car, si l'accès à la notoriété lui est provisoirement permis, un gros chantier l'attend. Mais s'inventer talentueux sur un terreau aussi médiocre lui demandera des efforts qui peut-être lui donneront goût à la vie. Pauvre gosse de riches !
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28.11.2009
L'équilibre des forces
Conversation du soir: comment se fait-il que le Français dit "d'en bas", le tout-venant, le sans grade, ne se soit pas encore révolté sous les humiliations quotidiennes subies depuis l'avènement de la bling-bling comédie? Comment se fait-il qu'il n'y ait eu à ce jour aucun mouvement massif et cohérent pour manifester un signe de mécontentement?
La question reste entière, mais ce soir nous avons autopsié en quelques heures les symptômes d'une grande maladie qui n'est pas la grippe H1N1, petite épreuve de l'hiver, quoiqu'on en dise.
Depuis 2007, c'est une maladie sournoise car arrivée sans crier gare qui nous afflige. Comme chacun sait, ce n'est pas le bruit que fait la maladie qui annonce sa gravité, bien au contraire. Mieux vaut se méfier du silence. Ce soir donc, nous nous interrogions autour d'un verre de blanc sur l'inertie comme une croûte de sel, sous laquelle on sent bien quelques bouillonnements, sans que pour autant la croûte ne cède. Etonnant donc qu'un peuple aussi râleur, contestataire que le nôtre reste ainsi passif devant l'agression.
S'il fallait chercher aux origines, disons que moins il y aura de gens pour penser, moins il y aura de révoltes. On l'a vu en 1789, en 1968, les grands mouvements sociaux n'ont jamais été initiés sans que des penseurs s'en mêlent. Solution pour garder le contrôle: donner le Bac à tout le monde, abaisser le niveau d'exigence, ainsi les diplômés seront des ignares et les non-diplômés des moins que rien, les élites s'auto- alimenteront et la conservation des privilèges sera maintenue. Ouf !
La mécanique de l'inertie (non ce n'est pas un oxymore), consiste à jongler d'un côté sur l'oppression et d'un autre sur la peur. On se trouve donc dans un système qui d'une part surveille, cadre, sanctionne et qui, par ailleurs, active le sentiment d'insécurité et de peur. L'équilibre de ce dispositif repose sur l'exercice permanent de l'un et de l'autre: je soumets et je fais peur, je peux maintenir la soumission car je maintiens la peur. Ce qui rend la chose possible c'est que le danger annoncé n'est pas endogène, mais exogène, donc issu de l'étranger qu'il soit humain (les immigrés) ou biologique (les virus). Le dispositif se nourrit de lui-même car, une fois la peur instaurée, le système de surveillance trouve sa justification.
Résultat, le Français si râleur d'ordinaire, se prend à hésiter: si je manifeste, je vais me faire repérer, perdre mon boulot et comme on nous dit tous les jours que c'est la crise, je ne vais pas retrouver de travail, donc j'attends. Sauf que.
Sauf que ne rien faire maintient l'ensemble.
Pour permettre au système capitaliste de durer, le chômage est indispensable, car il représente une menace permanente. S'il n'y a pas de peur, il n'y a pas de soumission et tant que l'équilibre sera précaire entre ces deux flux, il y aura maintien de sous-embauches, maintien de salaires honteux, et maintien voire expansion de la domination des actionnaires, véritables maîtres du monde. En prévision des mouvements qui pourraient émerger à force de frustrations, on a délocalisé vers des pays moins regardants. Ainsi, en consommant chinois, je participe à ma propre incarcération. Peut-on désormais faire sauter les verrous?
Pour en revenir à notre mouton noir, hâbleur et sans vertus, pouvons-nous craindre une réélection? OUI.
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27.11.2009
Leçon de Camus à l'usage de l'ignorant
Michel Onfray, en éminent moraliste, adresse dans Le Monde de mercredi 25 novembre, une lettre ouverte au mini président au sujet de la pantéonalonade de Camus: un grand moment de jubilation. Long à lire, mais chaque mot pèse. Non! les écrivains n'ont pas devoir de réserve. Merci Michel !
Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps. Vous venez de manifester votre désir d'accueillir les cendres d'Albert Camus au Panthéon, ce temple de la République au fronton duquel, chacun le sait, se trouvent inscrites ces paroles :"Aux grands hommes, la patrie reconnaissante". Comment vous donner tort puisque, de fait, Camus fut un grand homme dans sa vie et dans son oeuvre et qu'une reconnaissance venue de la patrie honorerait la mémoire de ce boursier de l'éducation nationale susceptible de devenir modèle dans un monde désormais sans modèles.
Camus fut l'opposant de toutes les terreurs, de toutes les peines de mort, de tous les assassinats politiques, de tous les totalitarismes, et ne fit pas exception pour justifier les guillotines, les meurtres, ou les camps qui auraient servi ses idées. Pour cela, il fut bien un grand homme quand tant d'autres se révélèrent si petits.
Mais, Monsieur le Président, comment justifierez-vous alors votre passion pour cet homme qui, le jour du discours de Suède, a tenu à le dédier à Louis Germain, l'instituteur qui lui permit de sortir de la pauvreté et de la misère de son milieu d'origine en devenant, par la culture, les livres, l'école, le savoir, celui que l'Académie suédoise honorait ce jour du prix Nobel ? Car, je vous le rappelle, vous avez dit le 20 décembre 2007, au palais du Latran : "Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé." Dès lors, c'est à La Princesse de Clèves que Camus doit d'être devenu Camus, et non à la Bible.
De même, comment justifierez-vous, Monsieur le Président, vous qui incarnez la nation, que vous puissiez ostensiblement afficher tous les signes de l'américanophilie la plus ostensible ? Une fois votre tee-shirt de jogger affirmait que vous aimiez la police de New York, une autre fois, torse nu dans la baie d'une station balnéaire présentée comme très prisée par les milliardaires américains, vous preniez vos premières vacances de président aux Etats-Unis sous les objectifs des journalistes, ou d'autres fois encore, notamment celles au cours desquelles vous avez fait savoir à George Bush combien vous aimiez son Amérique.
Savez-vous qu'Albert Camus, souvent présenté par des hémiplégiques seulement comme un antimarxiste, était aussi, et c'est ce qui donnait son sens à tout son engagement, un antiaméricain forcené, non pas qu'il n'ait pas aimé le peuple américain, mais il a souvent dit sa détestation du capitalisme dans sa forme libérale, du triomphe de l'argent roi, de la religion consumériste, du marché faisant la loi partout, de l'impérialisme libéral imposé à la planète qui caractérise presque toujours les gouvernements américains. Est-ce le Camus que vous aimez ? Ou celui qui, dansActuelles, demande "une vraie démocratie populaire et ouvrière", la "destruction impitoyable des trusts", le "bonheur des plus humbles d'entre nous" (Œuvres complètes d'Albert Camus, Gallimard, "La Pléiade", tome II, p. 517) ?
Et puis, Monsieur le Président, comment expliquerez-vous que vous puissiez déclarer souriant devant les caméras de télévision en juillet 2008 que, "désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s'en aperçoit", et, en même temps, vouloir honorer un penseur qui n'a cessé de célébrer le pouvoir syndical, la force du génie colérique ouvrier, la puissance de la revendication populaire ? Car, dans L'Homme révolté, dans lequel on a privilégié la critique du totalitarisme et du marxisme-léninisme en oubliant la partie positive - une perversion sartrienne bien ancrée dans l'inconscient collectif français... -, il y avait aussi un éloge des pensées anarchistes françaises, italiennes, espagnoles, une célébration de la Commune, et, surtout, un vibrant plaidoyer pour le "syndicalisme révolutionnaire" présenté comme une "pensée solaire" (t. III, p. 317).
Est-ce cet Albert Camus qui appelle à "une nouvelle révolte" libertaire (t. III, p. 322) que vous souhaitez faire entrer au Panthéon ? Celui qui souhaite remettre en cause la "forme de la propriété" dans Actuelles II (t. III, p. 393) ? Car ce Camus libertaire de 1952 n'est pas une exception, c'est le même Camus qui, en 1959, huit mois avant sa mort, répondant à une revue anarchiste brésilienne, Reconstruir, affirmait : "Le pouvoir rend fou celui qui le détient" (t. IV, p. 660). Voulez-vous donc honorer l'anarchiste, le libertaire, l'ami des syndicalistes révolutionnaires, le penseur politique affirmant que le pouvoir transforme en Caligula quiconque le détient ?
De même, Monsieur le Président, vous qui, depuis deux ans, avez reçu, parfois en grande pompe, des chefs d'Etat qui s'illustrent dans le meurtre, la dictature de masse, l'emprisonnement des opposants, le soutien au terrorisme international, la destruction physique de peuples minoritaires, vous qui aviez, lors de vos discours de candidat, annoncé la fin de la politique sans foi ni loi, en citant Camus d'ailleurs, comment pourrez-vous concilier votre pragmatisme insoucieux de morale avec le souci camusien de ne jamais séparer politique et morale ? En l'occurrence une morale soucieuse de principes, de vertus, de grandeur, de générosité, de fraternité, de solidarité.
Camus parlait en effet dans L'Homme révolté de la nécessité de promouvoir un "individualisme altruiste" soucieux de liberté autant que de justice. J'écris bien : "autant que". Car, pour Camus, la liberté sans la justice, c'est la sauvagerie du plus fort, le triomphe du libéralisme, la loi des bandes, des tribus et des mafias ; la justice sans la liberté, c'est le règne des camps, des barbelés et des miradors. Disons-le autrement : la liberté sans la justice, c'est l'Amérique imposant à toute la planète le capitalisme libéral sans états d'âme ; la justice sans la liberté, c'était l'URSS faisant du camp la vérité du socialisme. Camus voulait une économie libre dans une société juste. Notre société, Monsieur le Président, celle dont vous êtes l'incarnation souveraine, n'est libre que pour les forts, elle est injuste pour les plus faibles qui incarnent aussi les plus dépourvus de liberté.
Les plus humbles, pour lesquels Camus voulait que la politique fût faite, ont nom aujourd'hui ouvriers et chômeurs, sans-papiers et précaires, immigrés et réfugiés, sans-logis et stagiaires sans contrats, femmes dominées et minorités invisibles. Pour eux, il n'est guère question de liberté ou de justice... Ces filles et fils, frères et soeurs, descendants aujourd'hui des syndicalistes espagnols, des ouvriers venus d'Afrique du Nord, des miséreux de Kabylie, des travailleurs émigrés maghrébins jadis honorés, défendus et soutenus par Camus, ne sont guère à la fête sous votre règne. Vous êtes-vous demandé ce qu'aurait pensé Albert Camus de cette politique si peu altruiste et tellement individualiste ?
Comment allez-vous faire, Monsieur le Président, pour ne pas dire dans votre discours de réception au Panthéon, vous qui êtes allé à Gandrange dire aux ouvriers que leur usine serait sauvée, avant qu'elle ne ferme, que Camus écrivait le 13 décembre 1955 dans un article intitulé "La condition ouvrière" qu'il fallait faire "participer directement le travailleur à la gestion et à la réparation du revenu national" (t. III, p. 1059) ? Il faut la paresse des journalistes reprenant les deux plus célèbres biographes de Camus pour faire du philosophe un social-démocrate...
Car, si Camus a pu participer au jeu démocratique parlementaire de façon ponctuelle (Mendès France en 1955 pour donner en Algérie sa chance à l'intelligence contre les partisans du sang de l'armée continentale ou du sang du terrorisme nationaliste), c'était par défaut : Albert Camus n'a jamais joué la réforme contre la révolution, mais la réforme en attendant la révolution à laquelle, ces choses sont rarement dites, évidemment, il a toujours cru - pourvu qu'elle soit morale.
Comment comprendre, sinon, qu'il écrive dans L'Express, le 4 juin 1955, que l'idée de révolution, à laquelle il ne renonce pas en soi, retrouvera son sens quand elle aura cessé de soutenir le cynisme et l'opportunisme des totalitarismes du moment et qu'elle "réformera son matériel idéologique et abâtardi par un demi-siècle de compromissions et (que), pour finir, elle mettra au centre de son élan la passion irréductible de la liberté" (t. III, p. 1020) - ce qui dansL'Homme révolté prend la forme d'une opposition entre socialisme césarien, celui de Sartre, et socialisme libertaire, le sien... Or, doit-on le souligner, la critique camusienne du socialisme césarien, Monsieur le Président, n'est pas la critique de tout le socialisme, loin s'en faut ! Ce socialisme libertaire a été passé sous silence par la droite, on la comprend, mais aussi par la gauche, déjà à cette époque toute à son aspiration à l'hégémonie d'un seul.
Dès lors, Monsieur le Président de la République, vous avez raison, Albert Camus mérite le Panthéon, même si le Panthéon est loin, très loin de Tipaza - la seule tombe qu'il aurait probablement échangée contre celle de Lourmarin... Mais si vous voulez que nous puissions croire à la sincérité de votre conversion à la grandeur de Camus, à l'efficacité de son exemplarité (n'est-ce pas la fonction républicaine du Panthéon ?), il vous faudra commencer par vous.
Donnez-nous en effet l'exemple en nous montrant que, comme le Camus qui mérite le Panthéon, vous préférez les instituteurs aux prêtres pour enseigner les valeurs ; que, comme Camus, vous ne croyez pas aux valeurs du marché faisant la loi ; que, comme Camus, vous ne méprisez ni les syndicalistes, ni le syndicalisme, ni les grèves, mais qu'au contraire vous comptez sur le syndicalisme pour incarner la vérité du politique ; que, comme Camus, vous n'entendez pas mener une politique d'ordre insoucieuse de justice et de liberté ; que, comme Camus, vous destinez l'action politique à l'amélioration des conditions de vie des plus petits, des humbles, des pauvres, des démunis, des oubliés, des sans-grade, des sans-voix ; que, comme Camus, vous inscrivez votre combat dans la logique du socialisme libertaire...
A défaut, excusez-moi, Monsieur le Président de la République, mais je ne croirai, avec cette annonce d'un Camus au Panthéon, qu'à un nouveau plan de communication de vos conseillers en image. Camus ne mérite pas ça. Montrez-nous donc que votre lecture du philosophe n'aura pas été opportuniste, autrement dit, qu'elle aura produit des effets dans votre vie, donc dans la nôtre. Si vous aimez autant Camus que ça, devenez camusien. Je vous certifie, Monsieur le Président, qu'en agissant de la sorte vous vous trouveriez à l'origine d'une authentique révolution qui nous dispenserait d'en souhaiter une autre.
Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à mes sentiments respectueux et néanmoins libertaires.
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21.11.2009
Sans foi ni loi
Quelle peste s'abat encore sur nous? Quel choléra, quelle liquéfaction étreint encore nos tripes? Camus au Panthéon... Une raison de plus de quitter la France, désormais au comble de la putasserie ambiante, délirante, éclatée, répandue sur toutes les places, à tous les frontons.
Un homme digne et sobre, inaliénable tant qu'il était vivant, réduit désormais en poussière au delà de la poussière elle-même. Ecrabouillé dans sa mémoire, anéanti dans sa pensée, mis en conserve pour servir la soupe à des ignorants, crétins, pauvres en tout, arrivés au sommet par la grâce d'une France inculte, timorée et triste.
La peste des temps modernes est bien là, dans cet irrespect du vivant tout autant que des morts. La pensée escamotée, vrillée, asservie, mise au service d'une misère intellectuelle même pas affamée, juste passive et sournoise. La honte. La honte.
Jusqu'à quand? Jusqu'où ira-t-il ce mécréant malhonnête qui nous gouverne? Jusqu'à quelle hauteur cette fille sans joie remontra-t-elle sa jupe, déjà si courte, déjà si sale?
Un jour il ira trop loin, un jour on le poussera dans la fosse avec le lion dont il se joue, croyant nous amuser.
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05.11.2009
Après réflexion
J'ai dit du mal des fonctionnaires dans un post précédent, mais elle m'avait vraiment énervée la dame. Maintenant, je m'interroge sur les motifs de cette descente en flèche générale de tout ces agents, dont il est connu à tort ou à raison, que la principale activité est de surveiller la pendule. Voir cette population détestée, tancée de toute part par le citoyen lambda (moi), les politiques (eux), les PME..., au bout d'un moment, c'est suspect. Comment, quand on veut justifier de l'inefficacité d'un système, quand en gros on veut s'en débarrasser, comment procéder autrement? Ce qui semble étonnant dans cette campagne de dégommage en règles, c'est la facilité avec laquelle on laisse le tout-venant s'exprimer, alors que le mouvement actuel est plutôt au verrouillage de la parole. Du coup, mon observation de cette idiote de postière, si elle avait vocation à faire rire, n'a fait qu'apporter de l'eau au moulin de nos décideurs. Vous voyez bien, tout le monde se plaint, ça marche pas la fonction publique hein?
Le problème c'est qu'il faudra bien les reclasser ces fonctionnaires, et compte tenu du fait qu'on va recruter chez les flics, il est à craindre que les nazes de la poste se retrouvent en bleu marine aux carrefours, une liasse de feuilles vertes à la main, prêts à dégainer le PV. Vous imaginez le bordel? La nana qui jusqu'ici déambulait mollement dans l'opeun spéïce de la poste, la voilà obligée de se boudiner dans un froc en 40 (parce que comme elle est au régime, un jour il sera à sa taille, ça la stimule), à rester postée sous la pluie, attendant non sans jubilation que la pétasse qui râlait en ne trouvant pas son colis apparaisse... J'ai peur.
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25.10.2009
La barbe au Grand Palais
Au Grand Palais aujourd'hui, pour la suite de la FIAC, mieux valait avoir son billet. Une file d'attente comme un dimanche.
A l'intérieur, beaucoup à voir, à entendre aussi, comme "c'est très académique tout ça". D'accord, s'y trouvaient Warhol, Basquiat, Chaissac, Bissière, Soulages, St Phalle, Tinguély, Veilhan, Boltanski, Bourgeois, Manzoni... Des tas de gens célèbrissimes et cotés, vendus par des marchands tous équipés de MacBook, pro ou pas. A 98%, tous tapotaient sur un clavier Apple. Une sorte d'uniforme, de convention en somme.
Au-delà de ce constat de forme, une évidence totalement imprévue s'est imposée à moi : la barbe. A chaque coin de stand, à chaque buvette, l'homme à barbe allait se multipliant. Déjà, le long des rues, dans les cafés, sur les affiches, chez les artistes, les publicistes, les graphistes, j'avais perçu l'émergence de ce mouvement de réaction à la dictature du rasoir: l'homme moderne serait donc un homme poilu. Si on avait oublié cette caractéristique sexuelle secondaire, disparue sous la Cajoline, les Pampers et la crème anti wrinckles for men, voilà qu'elle réapparaissait, foisonnante, nombreuse, presque insolente. Et s'il ne leur restait plus que ça à nos hommes?
Voilà le proto:


Mais qui a lancé la mode? Chabal et son irrésistible sex-appeal ou bien ce grand nigaud poudré de Beigbeder? En toute logique réactionnaire, j'espère que c'est le premier, mais je crains qu'il ne s'agisse du second. Tant pis.
Pendant que des grosses dames en maillot...

voyagent incognito...

il en reste pour dire, I love you...


23:12 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : art
24.10.2009
FIAC au carré
Et hop un saut à la Cour Carrée du Louvre. C'est la FIAC des artistes dits "émergents", si j'ai bien compris. Au Grand Palais, les grands, les beaux, les connus, ce sera pour demain.
Dans la Cour Carrée, pas repéré les noms, mais j'ai beaucoup souri, disons que l'affaire fut réjouissante.

Celle-là, m'a beaucoup amusée. Quand j'ai vu la fille derrière son journal portant le mot "luttes", je ne sais pas pourquoi, j'ai pensé à turluttes... Les idées mal placées? D'un autre côté puisqu'elle se trouve au voisinage d'un "jeune militant", disons que c'est la place de chacun: la femme lutte et l'homme milite... Bref.

Franche rigolade! Sur le graphe on peut voir: en bas les titres des albums des Beach Boys et pour chacun à gauche le nombre de fois où on y retrouve les références à Cars / Surf / Girls / Summer. On remarquera que Surf et Cars sont très fréquemment présents dans les premiers albums, que Summer, en fond sonore tout au long des albums, émerge essentiellement sur le dernier, et que les Girls restent un sujet permanent d'occupation. J'en conclue donc que si le surf et les bagnoles ont intéressé ces jeunes garçons, ils ont fini par ne parler que de la pluie et du beau temps, ce qui les a naturellement menés à la fin de leur carrière.

Là, c'est une fresque au graphite. Un vrai talent cette maîtrise des gris. On y voit un genre de conseil des ministres sans têtes mais chapeauté de cercles blancs en forme de cibles... Dans une hyper réalité, mais au crayon que l'on peut gommer. Tout est interchangeable, tantôt figure, tantôt cible, tantôt personne.

Miam des vitamines ! Pour une nature morte, c'est frais. J'ai pensé à la pub, "5 fruits, 5 légumes". Sur cette acrylique léchée, rien que des bonnes choses, saines et tout et tout. A mettre dans sa cuisine comme un pense-bête. Besoin de rien d'autre.

Et puis là, c'est la séquence émotion. De loin, on dirait un carrelage de cuisine. Plutôt moche d'ailleurs. De loin, c'est comme si Mr. Propre avait révélé les parties rouges. A moins que ce soit l'inverse, auquel cas on peut imaginer que la cuisine a été inondée de sang. Un crime passionnel? Mais non, il y a comme la trace du passage d'une serpillière. Donc on approche pour s'apercevoir que chaque petit carreau est en fait une photographie d'un morceau de peau pour le clair et d'un globule pour le rouge. Le cartel donne l'intitulé: Between skin and blood. Et c'est là que mon imagination a repris le dessus pour rendre à la cuisine sa vocation de théâtre des opérations.

Beaucoup de culinaire dans cette FIAC des émergents. Ici, cette image terrible de l'oeil tiraillé comme pour une greffe de cornée perd pourtant en intensité dramatique par la seule présence d'un liquide bien plus semblable à l'albumine de l'oeuf qu'à une larme d'opéré. Sur l'iris flotte une couleur jaunâtre... Vous en reprendrez bien une petite tranche? Ok! demain Grand Palais.
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11.10.2009
Damien à Bordeaux
A Bordeaux, Damien Bestieu expose. J'y serai bien allée.
Toujours ses eaux.
Suis inconditionnelle.

Sans titre 2, huile sur toile, 160x130 cm, 2009
de 17h30 à 21h30
29, Rue de la Rouselle
33000 BORDEAUX
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09.10.2009
Des gens charmants (1)
Depuis que j'ai quitté son logis, ma voisine amie téléphone tous les jours. Elle aurait été ma jeune mère et je suis son Tanguy, sa grande fille. Chez elle, j'ai fait ma crise d'adolescence, je fumais dans ma chambre. J'y suis restée 6 mois...
Sujet de l'appel de ce soir: le Jules. Entre nous, mais entre nous toutes à vrai dire, le Jules est Ze sujet de toutes les attentions, même lorsqu'elles sont négatives. De sa voix lascive, comme l'est le reste de son corps en général, elle me parle de sa lassitude et peut-être, s'il continue à dégueulasser la cuisine comme ça, de la proximité de la fin. Bon bon.
Ces deux-là, ce couple-là, un magnifique sujet d'étude. Il s'agit de deux individus assez semblables par leur forme, par leurs goûts et par leur culture. L'un pourtant, grince un peu lorsqu'il est question de les comparer, car enfin, papa était avocat, pas marchand de bestiaux... (prononcer le O qui traîne du sabot). Ce qu'il reste quand il ne reste (presque) plus rien c'est l'endroit d'où l'on vient. Une sorte de régression en somme.
Ils se connaissent depuis 25 ans, sauf qu'ils ne s'étaient pas vus pendant 23 ans quand ils ont décidé de s'associer. Un regroupement familial ça s'appelle. Il s'occupe de la cuisine, fait les courses, la transporte d'un point à un autre avec sa moto et elle, elle reçoit. Le petit-déjeuner au lit, les soupes chinoises, ses amis. Il lui dit "ma mie", elle l'appelle "mon gentil".
Depuis qu'il s'est installé chez elle, elle a pris 5 kgs. Pour lui, la cuisine légère c'est quand les anneaux de graisse flottent à la surface de la soupe. Comme elle est gourmande, elle avale le breuvage les yeux fermés. Léger est annoncé au menu, elle y croit sans tiquer. Le hic c'est que le pépère est cerné par le fisc depuis 20 ans et que de fait, il n'a ni compte en banque, ni logement, ni bulletin de salaire. Donc, en échange de son indigence, il rend des services, assure l'intendance. Pendant les dîners, il fait des quizz, sans s'apercevoir qu'un spagetti est resté collé sur son menton et qu'une tache de vin se dilate sur sa chemise au sommet de son ventre. Une fois repu il se lève, car déjà ses yeux se ferment. Il passe à la salle de bains, pas pour se brosser les dents non, non, mais pour attraper le petit transistor laissé le matin sur le lavabo. Dans 5 mn il le glissera sous l'oreiller, après avoir pris congé en disant "nous avons passé une soirée forTagréable avec des gens charmants". Dix personnes pourront encore être attablées, il a fini, il s'en va, et invariablement il prononcera cette phrase comme s'il sortait du cinéma après avoir dormi pendant tout le film.
Si elle appelle ce soir, c'est qu'il y a un petit problème. Elle qui ne regarde jamais ses relevés de compte, elle vient de tomber sur la dépense d'un plein d'essence en carte bleue. Etonnement, stupeur, tétanie, elle n'a pas d'auto. L'étrangeté de la femme, c'est qu'elle est toujours alertée "par hasard" de ce qu'il ne faut pas savoir. Ce soir donc, elle finit par m'annoncer que le concubin lui pique sa carte bancaire en douce pour remplir son réservoir. C'est moche.
Immédiatement, branle-bas de combat, on cale les sacs de sable, d'abord, elle pense le virer illico presto, la confiance est rompue. Et au bout d'une heure, voilà qu'elle se met à pleurer sur une si belle histoire, étouffée dans l'oeuf comme une portée de chatons dans les eaux sombres du dégoût.
Là aussi, c'est une étrangeté de la femme. Elle se plaint quotidiennement de petits désagréments de la vie et quand le vrai problème survient, la relation pourtant parsemée de contrariétés devient rétrospectivement une belle histoire d'amour. Du coup, on peut penser que tout dépend du point de vue depuis lequel on se place et donc s'interroger sur les méandres qui conduisent à la Vérité.
Derrière ma frange de Tanguy, je les observais tous les deux et je m'étonnais de le voir glousser en citant Douglas Kennedy dans un de ses romans où il est question de se débarrasser de quelqu'un en le rendant fou, en changeant les serrures, investissant la place comme un Bernard Lermite. Il n'amusait que lui le prédateur... Là, il pleure lui aussi.
Suite au prochain épisode.
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05.10.2009
Urban White Night
La nuit aurait pu être comme n'importe laquelle dans ce quartier, une foule énorme. Autour des églises, des files d'attente à n'en plus finir et beaucoup de gens patients. A proximité de l'hôtel Dieu vous me direz... Pour entrer à Notre-Dame, il n'y avait guère que les touristes pour respecter la file. Nous les français, on fonçait dans le tas, on grouillait aux abords des barrières. Mais on n'a pas attendu. Mon pote Benoît a détesté évidemment. L'art contemporain pour lui ça n'a pas de sens, c'est toujours insuffisant. N'empêche que même avec un si piètre compagnon, la balade a valu le coup.
En plein coeur de Notre-Dame, un beau symbole phallique. Plus près de toi mon Dieu... Une transcendance, une connexion avec le divin...


Nuit blanche à Paris. Pas si blanche.

Et une spéciale dédicace à Totoche qui nous a beaucoup manqué:

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