27.01.2012

Mécène de ménage

L'exposition de la collection Stein au Grand Palais a eu tellement de succès qu'elle a été prolongée une semaine de plus. C'est dans cette dernière semaine que j'y suis allée, ainsi que beaucoup de parisiens retraités, ou en en horaires décalés, et peu de touristes. 

gertrude stein alice b toklas and basket.jpgCe qui est intéressant dans une collection personnelle, celle de Gertrude Stein, c'est qu'il y a une sorte de cohérence, un goût si l'on veut. Ce qui l'est moins c'est que c'est le collectionneur et non l'artiste qui est mis en avant. On admire ici l'oeil de Gertrude, le mécénat de Gertrude, la générosité de Gertrude, la créativité de Gertrude, - une grosse bonne femme très laide, alors que les oeuvres des artistes - Picasso, Picabia, Cézanne, Matisse, sont un peu comme une collection de vignettes. C'est donc le maviemonoeuvre de Gertrude que l'on trouve ici, les toiles ne faisant qu'illustrer les bonnes actions de Gertrude.

L'axe choisi par le commissaire d'exposition est assez original, mais ne présente pas l'intérêt de la Frick Collection de New York, en exposition permanente dans l'hôtel particulier de Monsieur Frick sur East Street, ou la collection Paul Getty à Los Angeles, du temps où on la visitait dans sa villa.

On découvre cependant la vie palpitante de cette dame intelligente et sensible, malgré un abord plus qu'austère et rude, ses aventures, ses engagements. On fait aussi la connaissance d'Alice, sa compagne. Alice était l'intendante, la secrétaire, la cuisinière de la maison. A elles deux, elles formaient un couple tradi voire ringard. Ce n'est pas au Grand Palais, mais sur le ouèb que j'ai appris qu'Alice, sous ses airs bonnasses, fut l'inventeur du Space Cake, le gâteau au hashish, le gâteau qui rend nigaud. J'aurais aimé trouver au Grand Palais ce genre d'anecdote rigolote qui aurait donné à l'exposition un éclairage moins convenu.

15:41 Écrit par nDsmF dans De l'art, Photo & Vidéo | Commentaires (0) | Envoyer cette note

26.01.2012

Plumes et tatouages

Raphael Gualazzi - Reality and Fantasy

24.01.2012

Bout d'ficelle, selle de ch'val

Un petit recueil de 90 pages qui roule comme une cascade. L'auteur, Christian Bobin, cite Rilke, Chrétien de Troyes, Racine, comme s'ils avaient montré des chemins, sauvé des vies. Le tout sous forme de phrases courtes qui font des ricochets. 

Cela commence comme ça :

« Au début on ne lit pas. Au lever de la vie, à l’aurore des yeux. On avale la vie par la bouche, par les mains, mais on ne tache pas encore ses yeux avec de l’encre. Aux principes de la vie, aux sources premières, aux ruisselets de l’enfance, on ne lit pas, on n'a pas l’idée de lire, de claquer derrière soi la page d’un livre, la porte d’une phrase. Non, c’est plus simple au début. Plus fou peut-être. On est séparé de rien, par rien. On est un continent sans vraies limites – et ce continent, c’est vous, soi-même. Au début il y a les terres immenses du jeu, les grandes prairies de l’invention, les fleuves des premiers pas, et partout alentour, l’océan de la mère, les vagues battantes de la voix maternelle. Tout cela c’est vous, sans rupture, sans déchirure. Un espace infini, aisément mesurable. Pas de livres là-dedans. Pas de place pour une lecture, pour le deuil émerveillé de lire. D’ailleurs les enfants ne supportent pas de voir la mère en train de lire. Ils lui arrachent le livre des mains, réclament une présence entière, et non pas cette présence incertaine, corrompue par le songe.

La lecture entre bien plus tard dans l’enfance. Il faut d’abord apprendre, et c’est comme une souffrance, les premiers temps de l’exil. On apprend sa solitude lettre après lettre, le doigt sur le cœur, soulignant chaque voyelle du sang rouge. Les parents sont contents de vous voir lire, apprendre, souffrir. Ils ont toujours secrètement peur que leur enfant ne soit pas comme les autres, qu'il n'arrive pas à avaler l'alphabet, à le déglutir dans des phrases bien assises, bien droites, bien mâchées.

C'est un mystère, la lecture. Comment on y parvient, on ne sait pas. Les méthodes sont ce qu'elles sont, sans importance. Un jour on reconnaît le mot sur la page, on le dit à voix haute, et c'est un bout de dieu qui s'en va, une première fracture du paradis. On continue avec le mot suivant, et l'univers qui faisait un tout ne fait plus rien que des phrases, des terres perdues dans le blanc de la page. On est à l'école, on fait son métier d'enfant.

Il y a, c'est vrai, un grand bonheur de cette perte-là, de cette trouvaille première de la lecture, de sa capacité à déchiffrer une page, à contempler les ombres. C'est même plus fort que du bonheur, il faudrait pour être juste parler de joie. De joie et de frayeur. La joie va toujours avec la frayeur, les livres vont toujours avec le deuil.

Après, après cette première fin du monde, autre chose commence. Pour beaucoup, l'ennui. Avec la lecture tu achètes quelque chose qui pour toi n’a pas de valeur seulement un prix : une place sur le banc de la classe, un rôle dans les bureaux ou les usines. Alors tu laisses tomber. Tu lis juste ce qu’il faut, par obligation. Plus de joie là-dedans, pas non plus de plaisir : rien que de l’obéissance, ce qu’il faut d’obéissance pour aller jusqu’à la fin des études, aux portes du désert.

Après tu ne lis rien, même pas le journal, tu fais partie de ces gens qui n’ont pas un seul livre dans leur maison –ces gens-là, un vrai mystère pour les écrivains, ces maisons sous les sables, ces vies où rien ne peut entrer, ni le diable ni les livres. Parfois un dictionnaire, une encyclopédie vendue par un représentant plus malin que les autres, mais on ne les lira pas, c’est pour les enfants, pour le futur, pour les mauvais jours, c’est comme un meuble, un meuble un peu étrange, pas en chêne ou en pin, un petit meuble de vingt volumes papier, payé par traites, on n’y touchera pas.

Parfois aussi il se passe quelque chose, pour quelques-uns, moins nombreux, bien moins nombreux. Ceux-là sont les lecteurs. Ils commencent leur carrière à l’âge où les autres abandonnent la leur : vers huit, neuf ans. Ils se lancent dans la lecture et bientôt n’en finissent plus, découvrent avec joie que c’est sans fin. Avec joie et frayeur. Ils s’en tiennent au début, à la première expérience. Elle est indispensable. Ils liront jusqu’au soir de leur vie en s’en tenant toujours là, au bord de la première découverte, celle de la solitude, solitude des langues, solitude des âmes. Avec ravissement ils quittent le monde pour aller vers cette solitude. Et plus ils avancent, et plus elle se creuse. Et plus ils lisent, et moins ils savent. Ces gens-là sont ceux qui font vivre les écrivains, les libraires, les éditeurs, les imprimeurs. Les grands livres, les mauvais livres, les journaux, tout est bon à qui aime lire, tout est nourriture à l’affamé.

D’un côté ceux qui ne lisent jamais. De l’autre ceux qui ne font plus que lire. Il y a bien des frontières entre les gens. L’argent, par exemple. Cette frontière-là, entre les lecteurs et les autres, est plus fermée encore que celle de l’argent.

Celui qui est sans argent manque de tout.

Celui qui est sans lecture manque du manque.

La muraille entre les riches et les pauvres est visible. Elle peut se déplacer ou s’effondrer par endroits. La muraille entre les lecteurs et les autres est bien plus enfoncée dans la terre, sous les visages. Il y a des riches qui ne touchent aucun livre. Il y a des pauvres qui sont mangés par la passion de lire. Où sont les pauvres, où sont les riches. Où sont les morts, où sont les vivants ? C’est impossible à dire.

Ceux qui ne lisent jamais forment un peuple taciturne. Les objets leur tiennent lieu de mots : les voitures avec sièges en cuir quand il y a de l’argent, les bibelots sur les napperons quand il n’y en a pas. Dans la lecture, on quitte sa vie, on l’échange contre l’esprit du songe, la flamme du vent. Une vie sans lecture est une vie que l’on ne quitte jamais, une vie entassée, étouffée de tout ce qu’elle retient comme dans ces histoires du journal, quand on force les portes d’une maison envahie jusqu’au plafond par les ordures.

Il y a la main blanche de ceux qui ont pour eux l’argent.

Il y a la main fine de ceux qui ont pour eux le songe.

Et il y a tous ceux qui n’ont pas de main –privés d’or, privés d’encre. C’est pour ça qu’on écrit. Ce ne peut être que pour ça, et quand c’est pour autre chose c’est sans intérêt : pour aller des uns vers les autres. Pour en finir avec le morcellement du monde, pour en finir avec le système des castes et enfin toucher aux intouchables. Pour offrir un livre à ceux qui ne le liront jamais. »

In Une petite robe de fête

07:59 Écrit par nDsmF dans Des écrivains | Commentaires (9) | Envoyer cette note

10.01.2012

Profil de poste

En lisant « 121 curriculum vitae pour un tombeau » que notre ami Frédéric a eu la bonne idée de nous conseiller, je me suis dit dès les premières lignes qu’il y avait chez les écrivains masculins une particularité d’humour et d’autodérision que l’on retrouve peu chez les auteures. Virilité, détachement ? Bref. Cette nuit, j’ai refermé avec regret l’ouvrage de Pierre Lamalattie comme si j’avais vagabondé sur 447 pages en compagnie d’un chic type.

Capture d’écran 2012-01-10 à 01.52.02.pngL’écriture de ce premier roman, cette auto fiction peut-on dire, est indissociable du processus de création picturale qui illustre les rencontres dont il témoigne dans le texte et dont il partage avec nous la progression jusqu’à l’exposition finale. Tout au long du récit, Pierre, l’auteur – et personnage principal –, note les observations, charitables mais sans pitié, qu’il se fait de chacune de ses rencontres. A la manière d’un CV, par un prénom et trois lignes de texte, il retranscrit en peinture ce que chacun aura livré, par le langage ou la manière d’être, des spécificités individuelles qu’il se reconnaît ou par lesquelles il pense être reconnu. On y parle d’êtres humains déterminés à « compter », pour les autres, pour le monde ou, au moins, pour eux-mêmes. C’est caustique, tragique, unique. « 121 curriculum vitae » est aussi la belle histoire d’amour d’une mère et de son fils. Comme dans un road movie symphonique, Pierre accompagne sa mère jusqu’en Corrèze, dans une maison de repos où elle s’en va mourir, à Brive où il présentera aussi ses 121 portraits. Assis côte à côte dans la voiture, on les imagine devisant gaiement les yeux fixés sur l’horizon. Parfois c’est plus simple de ne pas se regarder pour se dire l’important.

Pierre dit que son travail, un temps partiel au Ministère de l’Agriculture, ne compte pas, que lui-même ne sert à rien dans cette organisation. C’est l’idée que les autres se font de lui. Il l’a acceptée sans révolte. On lui confie la mission de recevoir les étudiants d’une école d’ingénieurs (il l’est lui-même) avec qui il discute de leur avenir, de leur engagement dans une carrière de « cadre » qui, au mieux, sera celle qu’ils auront vraiment choisie. En fait, Pierre scrute ses visiteurs avec un regard à la fois extrêmement distant et critique sans se départir d’une véritable empathie et d’une authentique générosité. On appréciera sa finesse d’observation, sa capacité d’écoute et, partant, sa faculté à s’approcher au plus près de la réalité du sujet. C’est ce par quoi il se sent « utile » et qui le satisfait. Hors ces entretiens, il remplit d’autres tâches plus ou moins intéressantes, est entouré de collègues plus ou moins fréquentables. Agréables ou pas, ces phénomènes périphériques alimentent sa créativité en élargissant l’étendue des profils dans lesquels, cependant, n’importe qui peut se retrouver, comme s’il était naturellement plus convenable de beaucoup emprunter aux autres et de peu donner de soi.

Et puis il y a Claire qui est belle comme un soleil. Mais Claire, comme lui, elle traîne des casseroles avec des vieux trucs collés au fond. Et quand elle fait la maline avec d’autres types, Pierre finit par se dire : «  A ce stade de ma vie, ce n’était plus de la jalousie ordinaire. Il s’agissait d’une blessure plus profonde, une blessure inguérissable. C’était le sentiment d’interchangeabilité ». Rarement j’ai trouvé réflexion plus juste et plus puissante que celle-là... Et puis, il y a aussi  des expressions que je n’avais plus lues depuis longtemps, comme dire de quelqu’un qu’il est « potable », ou encore ce qu'il repère dans le vocabulaire des castes : les « actes forts » du manageur et le « travail » de l’artiste. Il s’amuse et nous amuse, mais ce qui retient l’attention c’est cette aisance à partager l’intime comme s’il voulait rendre un peu de ce qu’il avait subtilisé. Il se sera moqué un peu, sans s’épargner non plus, mais sans pour autant qu’apparaissent sarcasmes ou malveillance. A la fin, c’est comme si nous avions assisté à la naissance d’un homme, à sa délivrance dans les soubresauts du rire et de l’émotion. L’enfant se porte bien.

01:20 Écrit par nDsmF dans Des écrivains, One shot | Commentaires (2) | Envoyer cette note

06.01.2012

Do ré mo ra no

Jpeint entre 1450 et 1500 - wikimedia commons.jpg

 

 

 

Jeanne, rien à voir avec Nadine.

 

Jeanne elle est populaire, mais pas vulgaire.

 

 

 

19:30 Écrit par nDsmF dans One shot | Commentaires (7) | Envoyer cette note

02.01.2012

En voeux-tu ?

Comme chaque année :

S'émerveiller, prendre soin de soi, danser.

Et embrasser qui vous voulez.

17:05 Écrit par nDsmF dans One shot, Photo & Vidéo | Commentaires (10) | Envoyer cette note

01.01.2012

Horizon

Objectif 2012 : cultiver son bronzage.

20:55 Écrit par nDsmF dans One shot, Photo & Vidéo | Commentaires (2) | Envoyer cette note

31.12.2011

Après la tempête

23:00 Écrit par nDsmF dans One shot, Photo & Vidéo | Commentaires (2) | Envoyer cette note

26.12.2011

Une robe de faille couleur de temps

A.− Étoffe de soie ou de rayonne, à gros grains formant des côtes. Des feuilles faisaient du bruit comme une robe de faille (GionoBaumugnes, 1929, p. 160). Un soyer au champagne se renversa sur une robe de faille amande (AragonBeaux quart., 1936, p. 274). Ces hauts de robes de mousseline d'organza accompagnent le soir d'amples jupes de faille ou de faille-shantung, cette vedette de la saison. Jardin des modes, avr. 1951 p. 57.

B.− Vx. Voile de femme, mantile fait(e) avec cette étoffe. Les femmes de Bruxelles portent la faille, presque la mantille, ce qui les drape admirablement (HugoFr. et Belg., 1885, p. 103).

Prononc. et Orth. : [faj]. Durée longue ou demi-longue ds Barbeau-Rodhe 1930 et Passy 1914. Enq. : /faj, (D)/. Ds Ac.1932. Étymol. et Hist. 1. 2e moitié xiiie s. « pièce d'étoffe dont les femmes se couvraient la tête » (Du prestre et d'Alison par G. le Normand ds Rec. gén des fabliaux, éd. A. de Montaiglon et G. Raynaud, t. 2, p. 9); 2. 1752 taffetas à failles « étoffe de soie à gros grain » (Trév.); d'où 1829 failles (Boiste). Orig. obscure. Le m. néerl. falie, proposé comme étymon par REW3 no 3163 et EWFS2, est plus prob. empr. au fr. (v. Valkh., p. 134 et FEW t. 21, 1, p. 532a).Bbg. Mat., Mode Louis-Philippe 1951, p. 219. − Rétif

 (A.). Affiquets et falbalas. Vie Lang. 1971, p. 456.

14:24 Écrit par nDsmF dans One shot | Commentaires (18) | Envoyer cette note

25.12.2011

C'est la fête

Activité : travaux manuels.

23:57 Écrit par nDsmF dans One shot | Commentaires (5) | Envoyer cette note