24.11.2008
Aglagla Villéglé
Pour aller à Beaubourg, il fallait le parapluie hier. Des paquets de gouttes, des brises-baleines en rafales. Sur le chemin, un pauvre homme en ciré jaune assis sur une grille de métro, la barbe hirsute dépassant de la capuche. Un moment, j'ai failli m'arrêter, lui donner quelque chose mais quoi? pour qu'il sorte de là, se mette à l'abri.
Au Musée, malgré le
billet d'entrée pris sur Internet, il fallait faire la queue au vestiaire, car les gens viennent ici avec bagages, gros manteaux et parapluies. Le Musée comme lieu de passage ultime, étape nécessaire pour dire "on a fait".
Hier, j'y étais pour Villéglé. Un vieux monsieur aujourd'hui, connu pour ses arrachages d'affiches, collages, recollages. Balade chronologique le long des murs, le long des rues notées sur les cartels. Pour ceux nés dans les années 60, comme moi, il y avait parfois des oh et des ah j'me souviens de ça... En fait, c'est une sensation presque mélancolique, lorsque les souvenirs d'enfance émergent là comme des spots. Mon camarade de balade, graphiste dans la vie, se pâmait devant les jeux de typographie, car le Villéglé s'en est donné à coeur joie, mélangeant les symboles, comme des manifestes.
Pourtant, au fur et à mesure, le travail de Villéglé si spontané au début, devient confection intentionnelle, détournement opportun de message. S'il s'était laissé aller au hasard ou à la bonne fortune, s'il s'était laissé faire d'une certaine manière, on sent qu'avec le temps, il fabrique, arrange pour que l'ensemble soit plus graphique (alors qu'il l'est davantage dans la première période). Lui qui détournait la publicité en épluchant les épaisseurs d'affiches, qui mettait en évidence à la fois, la vanité des choses et la fuite du temps, finit par opter pour des arrangements de surface qui ne doivent plus rien à l'aléa. Et c'est là que l'idée de départ, géniale on peut le dire, se convertit à ce qu'elle a critiqué. La subversion devient convention, à l'image de l'époque finalement.
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