01.02.2009

Dans les vaps

7192_grand_nu_au_fauteuil_rouge_pablo_picasso_5_mai_1929.jpgIl y avait des gens qui attendaient à 3h du matin, devant l'entrée du Grand Palais. J'avais mon billet, j'ai filé.

Dès qu'on entre dans l'expo, une foule dense d'abord. Même à cette heure-là. Ici, une perche, là une caméra et une lampe, suivant une personne sans doute connue, mais définitivement retardataire, dans ses pérégrinations picassiennes. Dès l'entrée, les autoportraits de Picasso, de Vélasquez, de Rembrandt, des dessins du jeune Pablo, bien plus que des croquis, des oeuvres à part entière et au centre de la salle, des plâtres modèles d'école que l'on retrouve morcelés sur papier. Pourquoi dessiner davantage le creux du genou et l'intérieur du mollet plutôt que leur face externe? Déjà le petit Pablo sait où la peau est la plus tendre, il a une idée de l'érotisme et l'on devine une vitalité insolente.

Evidemment on associe, par la couleur ou par le thème, tel artiste avec lui, on suggère des connivences, des inspirations, même si parfois c'est un peu facile ou au contraire tiré par les cheveux. Il n'en reste pas moins que tout est époustouflant et l'on a, tout au long de la visite, l'impression de participer à un rassemblement unique, exceptionnel... et d'assister de fait, à une grand messe un peu convenue, un peu solennelle. Buveuse d'absinthe.jpg

Ce qui était unique aussi, c'est l'heure. A 3h du matin dans une nuit de vendredi à samedi, on pouvait croiser des visiteurs en manque de sommeil, navigant auréolés d'odeurs, soit de la menthe du dentifrice, soit de relents de cuisine dite bourgeoise. Ici les rototos retenus, les bouches embarrassées de vins tanniques ou de gin tonic de rubiconds esthètes, les mines fripées soit par la trace de l'oreiller, soit par un cycle circadien perturbé. Du coup, il y avait une sorte de nonchalance, émaillée par moments d'un éclat de rire nerveux de fatigue, par des petits sauts de marsupiaux pour se tenir éveillés, participant aussi d'un état de disponibilité à recevoir, à ouvrir ses sens à la contemplation.

On y trouvait bizarrement beaucoup de jeunes en casquettes et grosse chaine au cou, l'un disant "c'est trop nul ça" tout en jetant un oeil hagard sur cette sublime petite toile de 1902 (Pablo n'a alors que 26 ans) de cette femme noyée dans un verre d'absinthe.

A 5h30 du matin, nous étions à la buvette du musée, complètement dans les vaps, devant une bouteille d'Orangina. Nous étions nombreux là dans ce Buffet de la Gare improvisé, fatigués comme après un grand voyage.