19.04.2009
Attaque frontale
À gauche de la fenêtre de la dame d'en face, il y a une voix. Elle parvient jusqu'à l'ensemble de la cour par une issue invisible depuis chez moi, ce qui donne à ce que j'entends une aura mystérieuse et terrifiante. Déjà plusieurs nuits, elle s'était frayée jusqu'ici, ça me rappelait Jane Eyre et la folle du donjon.
Par ce beau dimanche que rien ne venait troubler si ce n'est le dong des cloches de Notre-Dame, la voix s'est mise en demeure de crier. De crier, de hurler même. C'était sans doute au téléphone, quelqu'un venait de l'appeler, une fille sûrement. Sa fille peut-être. Et elle hurlait qu'elle s'était "cassé le cul à faire la bouffe", que ce n'était pas la peine de l'appeler à l'avenir, le tout ponctué de "t'es qu'une garce, t'es qu'une saloooooope".
Elle répétait ces mots-là avec tellement d'excès qu'on aurait dit qu'elle jouissait de pouvoir les prononcer. Pour tout dire, c'était d'une violence extrême et j'ai pensé aux fous que j'avais croisés autrefois, ceux dont on disait que c'était la maladie qui les rendait comme ça, une atteinte frontale qui désinhibe, une dégénérescence ou truc du genre. On n'est jamais fou à cause de rien.
Par ce beau dimanche de printemps, j'ai regardé ce mur d'en face en me demandant quelle sale maladie pouvait bien se promener derrière, j'ai pensé à toutes les fractures, les accidents, les chocs, les effractions qui conduisent un jour à ça.
19:58 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
15.04.2009
Pâques au balcon
Est-ce que c'était à cause de Pâques? Est-ce que c'était à cause du bruit? Quand elle s'est pointée au balcon ma voisine d'en face, que je n'avais d'ailleurs jamais vue, c'était pour hurler, les mains en porte-voix que ça suffisait bien les tam-tam là. Elle avait attendu bravement que le son montant de la verrière s'arrête, dans sa petite jupe plissée bleu marine, sous ses cheveux gris au carré et son bandeau de velours bleu marine aussi. Me voyant paraître, subitement alertée, elle était restée saisie, mais le grondement sortant de sa bouche était déjà en train d'atterrir. On a fermé les vasistas, on a ralenti les mélopées.

Sous la verrière, qu'il fasse ferié ou jour ouvré, se tiennent cours de yoga, danse africaine ou conférence en hindi. On y chante on y danse, on s'y congratule, on glousse. Pour 20 € la séance d'une heure on se rapproche, par quelque pratique que ce soit, de la voie du milieu du sien esprit. Se rapprocher certes, mais sans quitter le V° arrondissement.
De cette cour miraculeuse sur laquelle je jette souvent les parties molles et mortes de mes plantes, monte à nous un grand ÔM toujours alerte, craché par quantité de petits poumons stressés. Au début c'est étrange, même après 7 ans de yoga.
En fait, est-ce le décor, épuré-convenu style Elle Déco? Est-ce le tarif prohibitif et indécent? mais on n'y croit pas. Impossible quand je passe devant l'entrée de ce parc d'attraction de ne pas avoir pour ces peuples en manque de repères une profonde affliction. Ils arrivent comme un seul homme, fixant depuis la porte cochère du XVI° siècle la poignée du hâvre où ils pourront déposer leurs pêts. On le dit peu mais un corps sain ne le devient qu'après flatulences et ptits pêts pêts.
Ce soir, une voix grave de type cortège funèbre post earthquake débite avec un fort accent américain des "inspirs" "expirs" qui fleurent bon le Niouhèïge californien. Les vasistas sont encore ouverts, la dame au bandeau bleu n'est pas réapparue. C'était sans doute à cause de Pâques. Le sacrilège, elle n'a pas pu le supporter.
20:41 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.04.2009
Vent d'Ouest
Une semaine de printemps, douceur de l'air, fleurs en forme de choux. Et comme ce sont les vacances scolaires, les voilà qui arrivent les ptits amis.
Donc ma vieille copine et sa fille sont venues passer 3 jours, avec l'idée saugrenue de visiter l'Arc de Triomphe. Bé oui, elles avaient déjà "fait" la Tour Eiffel... J'ai quand même fait remarquer à la petite que l'Arc de Triomphe c'était pas franchement l'éclate pour une gamine de 10 ans, qu'il y avait sûrement mille autres choses beaucoup plus glamour à voir à la capitale. Donc, pendant que je travaillais, elles ont passé 5 heures aux Galeries Lafayette. Le soir, toutes contentes, elles m'ont montré leurs achats: une veste d'été rayée gris et blanc avec un gros noeud sur les reins, un petit sac rond en raphia, avec un autre gros noeud dessus. Tout en suivant le défilé de la petite boulotte, je tombai subitement sur les poches du cardigan camel de sa mère, équipées elles aussi d'un motif "noeud" chocolat. J'étais donc au royaume des noeuds-noeuds.
La petite est rigolote. Comme sa mère, elle porte quantité de colifichets aux poignets dont un est une ficelle de saucisson rayée rouge et blanc qu'elle a rapporté d'un restaurant de l'île de Ré où elle passe chaque année avec ses parents. Elle remplace donc chaque année son bout de ficelle décoloré par les douches par un nouveau, poudré de saumûre et refoulant du goulot. Chez les noeuds-noeuds le doudou est rustique.
Et puis hier, passage de mon ami S., sans doute un des plus jolis garçons que je connaisse, grand, fin, délié et tellement délicat. Un beau sourire, des belles dents et surtout le seul, et malgré tout ces attributs, que je puisse accueillir en pyjama et la tête comme un chiffon. Un vrai ami c'est ça: on peut lui ouvrir la porte avant d'être passé à la douche.
Nantes me manque.
23:33 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.04.2009
Rose
Au-dessus du banc. Dans le jardin du curé. Devant le bac à sable.
Chiens interdits. Les bébés vous remercient.

19:44 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.04.2009
Andy et les Calculs
Au Grand Palais, du 18 mars au 13 juillet 2009, sont présentés 250 portraits de Andy Warhol. C'est une rétrospective tant de son travail que des événements des années 60 à 80.
Andy, désigné comme un artiste, figure de proue du courant Pop Art, laisse perplexe par son absolu cynisme. A l'origine graphiste de publicité, il se revendique "artiste commercial" et finira sa vie comme "artiste d'affaires". Il mourra des suites d'une banale ablation de la vésicule biliaire. Ce sont donc les calculs qui l'ont tué ! Tel il vécu, tel il est mort.
La base de sa technique artistique est la sérigraphie, la répétition d'un modèle de base dans un traitement coloré qui ne correspond à aucune intention, puisque ce ne sont que des couleurs qui lui plaisent. L'objet figuré, produit de consommation courante, se déplace petit à petit vers le mode portrait. Ainsi, il fait de Mao, Marylin Monroe ou Elisabeth Taylor des produits réplicables comme s'il s'agissait de boîtes de conserve. Il traite de la notoriété qui mute l'individu de sujet en objet, en ce qu'il appartient au public et ne s'appartient plus vraiment.
Sans intention autre que mercantile, Andy fascine son public. Ses relations, son mode de vie, ses idées délirantes, font de lui un individu peu ordinaire alors qu'il n'est que malicieux et moqueur. Il utilise ainsi ce que le monde a de plus vain et de plus vaniteux, et sa personne même, devenue produit exposé à l'admiration oiseuse du snobisme mondain, s'efface au bénéfice d'une gloire éphémère.
Andy Warhol ne s'est jamais présenté comme un artiste à l'état pur, investi, transcendé, immergé, mais est parvenu à s'imposer en tant que tel. En cela il fait état de la crédulité d'un public qui accepte sans réflexion ce qu'on lui donne à boire. Au sens de la mystification et de l'imposture, on peut dire qu'Andy est un fabuleux artiste. Aux Galeries Nationales du Grand Palais il est donc question d'indécence.
14:49 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : art, expo



