18.06.2011
Standby (5) - Glam et drames
Ma chère amie,
Hier à la plage, en regardant autour de moi les quelques quartiers de viande dans nos âges, je trouvais un certain charme aux marques que laisse le temps sur les corps. Est-ce parce que c'est l'heure de la plage et que l'étalage est fourni ou bien simplement parce que, les années aidant, mes repères esthétiques évoluent, je t'assure que je trouve une beauté aux corps alourdis par les ans.
Je me désintéresserais même de ces corps jeunes, les trouvant trop évidents, tendant trop souvent à ressembler à ce qu'on trouve en couverture de magazine. Sur ces derniers, puisque c'est le papier glacé qui fait loi, on repère d'un coup d'œil le bourrelet disgracieux, la courbe de la cuisse imparfaite, le ventre déjà mou ou qui va tomber, le sein fichu n'importe comment et c'est quelque part impardonnable ; alors qu'avec les femmes plus âgées il y a une présence, une diversité dont je me délecte assez. Il n'est nullement question de voyeurisme dans cet aveu, juste regarder autour de soi et apprendre aussi à accepter mon propre corps. Tout cela me raconte des histoires.
La fesse s'étale sur la serviette, si elle est en action, elle se plisse et ondule. Toi tu vas parler de flan, ce qui est une image brutale sans être fausse, mais qui pour moi n'est nullement rédhibitoire, bien au contraire.
La cellulite marque la cuisse, le ventre ballote au rythme des pas, le sein suit le mouvement, même emballé dans une armature dont les bretelles s'enfoncent dans la peau du dos… C'est généralement un spectacle plein d'enseignement sur la plastique du corps humain et son évolution, toujours attrayant, rarement horrible.
Par exemple, hier j'avais non loin de moi, deux morceaux de choix, l'un était sec, la soixantaine approximative, trahissant la joggeuse ; l'autre, plus que ronde, avec des seins qui lui faisaient comme des outres sur un ventre rebondi, devait avoir tout juste passé la quarantaine. L'une comme l'autre avait une beauté, une grâce évidente à mes yeux et cela venait plus certainement de la manière qu'elles avaient à se mouvoir que de je ne sais quelle typologie esthétique.
La première avait le muscle fin et saillant, la peau qui le recouvrait lui faisait par endroit comme des ourlets, et quand elle actionnait tout cela on pouvait observer précisément le travail des muscles, comme on le ferait avec des pièces mécaniques sur une machine qui s'ébroue - à ce titre, lui appliquer une feuille de papier sur le dos aurait rendu le détail de son anatomie aussi précisément qu'une simple photo. C'était une curiosité, mais loin d'être une monstruosité.
L'autre, plus à mon goût, tu t'en doutes, dans son maillot une pièce, restait assise sur le sable, ou plutôt posée. Parfois elle s'appuyait sur un coude et là sa poitrine pesante roulait sur le côté tendant à s'échapper, le ventre suivait dans un mouvement ample et cet intérêt qu'elle éveillait chez moi provenait moins de mon attirance toute fantasmée pour les surcharges pondérales, que de la manière qu'elle avait d'assumer ses formes.
Bon j'arrête là, tu vas croire que je tiens absolument à te raconter des horreurs. Mais tu sais tout comme moi, que toutes ces apparences sont très relatives et il n'y a rien de plus risible qu'une femme mûre qui veut à tout crin ressembler à la jeunette qu'elle n'a souvent jamais été. Pour le reste, je travaille tout de même à retrouver ce creux qui dessine les obliques dont je me rappelle que tu me disais aimer bien.
Bien à toi.
23:35 Écrit par nDsmF dans Observation, Photo & Vidéo, Tribulations | Commentaires (4) | Envoyer cette note






Commentaires
Je tiens à vous informer qu'Alfonso vient de retrouver dans les filtres de son puissant robot de piscine quelque chose qui ressemble assez à un creux qui dessine les obliques.
Je sais que vous y tenez. Ce creux est à votre disposition à la réception de notre établissement.
Cordialmente,
Vasquez
Écrit par : Monsieur Vasquez | 20.06.2011
Répondre à ce commentaireRemerciez bien Alfonso d'avoir eu le bon sens d'en prendre soin. Ces creux sont si rares de nos jours.
Avec mes remerciements.
Écrit par : ndSmF | 20.06.2011
Répondre à ce commentaireAlfonso, le garçon de la piscine de Tenerife, est un connaisseur en matière de courbes, rondeurs et formes rebondies sub-bikinisées. Ce que son patron, Monsieur Vasquez, directeur de la Plantación, ne dit pas — mais le sait-il ? —, c'est que le robot d'Alfonso est muni d'un appareil photographique qui sélectionne et capture les silhouettes féminines les plus gracieuses, à votre goût, et cela, qu'elles soient allongées sur des transats, assises au bord du bassin ou carrément en train de nager. Il lui arrive de photographier aussi le voilier qu'un petit garçon a oublié au Jardin du Luxembourg et qui a longuement dérivé jusqu'aux Canaries. J'encourage Alfonso à publier les photos de son ami le robot — lequel ne saurait cacher trop longtemps les preuves de son talent d'artiste. Je vous invite à faire de même.
Mes hommages balnéaires,
F.
Écrit par : Frédéric Schiffter | 20.06.2011
Répondre à ce commentaireje suis impatiente de voir les clichés pris par le robot d'Alfonso. Dès que la grâce apparait, mon coeur s'envole.
V.
@ Alfonso : qu'attendez-vous cher Alfonso? Je vous montrerai en échange de bons procédés, une série de photographies que j'avais faite mettant en parallèle des épaules d'hommes (suivis dans la rue oh, oh) et des portes d'entrées. Quelque chose à voir avec la "petite clé" (clavicula)...
Écrit par : ndSmF | 20.06.2011
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