29.06.2011

Une gorgée d'iode et de phosphore

Jusqu’à hier, je me remémorais un certain L. avec un soupçon de dédain. L. avait les yeux bleus (je n’aime pas les yeux bleus), un grand corps sec et musclé et, puisqu’il vivait à La Réunion, un bronzage permanent. Outre qu’il était mon collègue de travail, L. passait tout son temps libre sur un surf d’où lui venait probablement cette musculature fine et étirée. Fort de tous ces arguments, L. était connu pour ses conquêtes nombreuses autant in (le travail) que out (la plage), une véritable joie de vivre et une absence quasi totale d'intérêt pour autrui.

Filaos Maurice.jpgJ’avais eu pour ma part, l’occasion de l’observer entre les vagues de Boucan Canot, à la tombée de la nuit, quand la lumière du couchant traverse les crêtes et donne aux nageurs un aspect de têtards en suspension. A maintes reprises je l’avais vu, assis sur ses talons à regarder la mer, et d’emblée, puisque je le connaissais, j’avais pris cette attitude pour une pose. Je ne le prenais pas non plus pour un bon sauvage contemplant la nature, mais pour un grand benêt qu’il était par ailleurs.

Hier, sans ventilateur sur pied, sans le moindre souffle d’air, en attendant l’orage en bref, j’ai lu « Petite philosophie du surf » de Frédéric Schiffter. Et j’ai repensé à ce dadais de L. scrutant l'horizon. Y aurait-il eu finalement une intention de lecture stratégique dans sa posture ? Était-il, malgré son regard flou, tendu vers le dos de la vague, guettant ses réactions, mesurant son rythme, évaluant sa densité ? Craignait-il qu’elle lui pose un lapin ou bien qu’elle le lamine, le culbute?

Au bout des 88 pages de ce petit livre, j’ai bien été obligée de reconnaître que se lancer la tête la première vers les rouleaux nécessite un minimum d’audace, de courage, d’enthousiasme, une perception de la vie qui n’est pas sans rappeler l’insouciance, mais aussi -et sinon L. serait mort-, une sorte d'humilité face à un élément imprévisible qui ne laisse pas de place à l'arrogance. Et puis, comment ne pas voir ce rapport à l’instant dans ce qu’il a d’unique et surtout, une fois la vague épousée, une jouissance extemporanée indissociable des notions de risque vital et d’impermanence. Et puis l'éternel recommencement, vain et illusoire, en quête d’une meilleure vague qui ne sera jamais ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre.

En refermant ce livre, j’avais appris à regarder autrement le « paysage » de Turner (part 1), je connaissais le processus mystique des indigènes allant au devant de la vague (part 3) et enfin, L. le surfeur (part 4) avait fini par muter en une sorte de héros, léger, intelligent et élégant. C'était inespéré.

 

Commentaires

L. le surfeur et V. la vague sont maintenant ami(e)s.

Écrit par : L. | 29.06.2011

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V. la belle Vasquaise

Écrit par : ndSmF | 29.06.2011

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"Krfst!..." Ainsi s'exprime Obélix, cramoisi de plaisir et de timidité, quand la belle Falbala lui dépose un baiser sur le nez. C'est exactement le mot que j'ai prononcé, chère Véronique, en lisant votre page. J'en suis encore tout rose.

P.S. : Je ne suis pas responsable de la couverture du bouquin. La Vague du maître japonais aurait suffi...

Écrit par : Frédéric Schiffter | 29.06.2011

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L. et V., c'est mignon, ça fait Louis Vuitton™. Un peu clinquant de nos jours, mébon ^^

Amicalement.
Al.

Écrit par : Al West | 29.06.2011

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Au fait, Turner et d'autres reviennent à Nantes dans un musée quelconque, ai-je vu sur des affiches -mais n'ai pas pu stopper à temps mon coupé sport, je n'en sais pas plus. Et le chemin était vérolé de bleusaille sur le retour, on ne fait donc pas n'importe quoi.

Écrit par : Al West | 29.06.2011

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Cher Frédéric, voyez où vos "babioles" vous mènent...

Cher Al, vous êtes mal LV... Mais merci pour l'info Turner, bien que l'expo circule et a commencé sa tournée par Paris il y a quelques mois.

Écrit par : ndSmF | 30.06.2011

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Chère V, dites-le à m'ame R.

Écrit par : Al West | 30.06.2011

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