16.08.2011
La dictature de la poussette
C’est au volant de ma Thunderbird que je me trouve le plus souvent confrontée à cette dictature moderne exercée par la poussette. Aux abords des crèches et des écoles, se postent de front, bien alignées aux passages cloutés, ces étranges quatre roues motrices pilotées, selon les quartiers, par des dondons qui n’ont pas dégonflé de leur 3ème grossesse ou encore par des adeptes de Pilates sanglées dans des jeans’ slim.
Selon les quartiers toujours, il y aura 2, 3, ou 4 bambins accrochés à la poussette au creux de laquelle le petit dernier suçouille consciencieusement sa tototte. Le quartier d'appartenance caractérise, non pas le nombre, mais la raison pour laquelle on aura eu 2, 3 ou 4 enfants. Ici, on invoquera une affaire de tradition familiale ou culturelle, là on parlera d’accident ou bien encore de l’intersession de Dieu dont on doit accepter tous les enfants qu’il nous donne. Amen.
Quel que soit le modèle de la maman, on remarquera une sorte d’unité dans le fond : toutes, elles arborent aux tempes une fierté, une espèce de médaille militaire invisible que, semble-t-il, la maternité leur a conféré. C’est donc au moment où je m’apprête à griller le feu orange ou à tourner à droite (le bonhomme alors est vert) que la horde femelle s’avance, m’oblige à piler et me toise, comme si ma voiture deux portes sans siège-bébé vissé à l’arrière me renvoyait au magasin des accessoires dangereux pour la société. Je suis une impasse génétique.
La sortie des écoles, les parcs le mercredi après-midi, sont les lieux de rassemblement de ces armées d’amazones et il suffit de s’installer non loin d’elles pour découvrir l’étendue du désastre. Entre les cris à l’adresse du petit qui s’éloigne, les remontrances suivies d’un baiser, les conversations entre elles au sujet de «la maladie qu’il M’a faite», le regard désapprobateur vers les fumées de cigarettes frôlant les joues roses du rejeton, tout est centré sur un monde minuscule mais dominant, envahissant, hautement moral et absolument dévastateur pour la promotion de l’individu.
Dès l’âge de 23 ans, alors que je côtoyais des ingénieures, je me souviens avoir observé l’étrange transformation qui s’était opérée chez l’une d’elles. Docteur ès Sciences Physiques, brillante, pertinente, elle avait mué à la naissance du premier en une sorte de gigoteuse, c’est-à-dire en un machin mou qui maintient le rôti bébé au chaud. Au self le midi, et alors que j’avais pris l’habitude de l’entendre expliquer mille choses passionnantes sur les satellites géostationnaires, j’avais dû me satisfaire de modes d’emploi pour stérilisateurs et de listes de vaccinations. Je me demande encore si cet épisode n’a pas été déterminant pour la suite de ma vie.
Le problème dans tout cela, ce ne sont pas les enfants – on s’en doute –, mais ce que deviennent les femmes après les avoir eus. Si le contrat social est rempli, il semblerait que la maternité soit davantage une aliénation qu’une évolution. En apparence victorieuses, l’œil vindicatif et méprisant, elles me démontrent en serrant les rangs au bord des trottoirs que moi la nullipare, je n’étais pas si lâche que cela en désertant.
00:43 Écrit par nDsmF dans One shot | Commentaires (22) | Envoyer cette note





Commentaires
Écrit par : Frédéric Schiffter | 16.08.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : ndsMf | 17.08.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Frédéric Schiffter | 17.08.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Le Lorgnon mélancolique | 17.08.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : NdsMf | 17.08.2011
Répondre à ce commentaireL'héroïne, une belle trentenaire, sûre de son pouvoir de séduction sur les hommes, se rend compte que ces derniers ne la regardent plus dans la rue. Elle s'en alarme, croyant qu'elle devient laide. Or, elle comprend que telle n'est pas la raison. Elle est toujours aussi désirable. En réalité, un changement social, pour ne pas dire un cataclysme, s'est produit insensiblement. Les hommes qu'elle croise sur les trottoirs ne se baladent plus les mains dans les poches et le regard à l'affût, mais poussent des landaus ou portent sur leur ventre un mioche tout en donnant la main à un autre. Et, bien sûr, comme cette marmaille plus ou moins agitée mobilise leur attention, ils ne peuvent plus apprécier le galbe d'un mollet ou d'un fessier féminin et leurs yeux sont vidés de cette bonne vieille concupiscence, qui était souvent lourdingue, mais, au fond, plutôt flatteuse.
Le mâle ainsi "papaïsé" est l'homme publiquement domestiqué, mais qui s'imagine compenser le déficit narcissique causé par sa situation sociale. Chômeur ou employé méprisé, il se rabat sur la paternité, rôle dont personne ne contestera la grandeur. "J'aime mes enfant et les trimballe partout, c'est dire comme que je suis un homme moral et de valeur". Ajoutons à cela l'argument dominant de la bonne femme sur le partage bien normal des tâches de pouponnage dans le couple, et voilà comment la papaïsation devient un bel atour de modernité plaqué sur une servitude.
Écrit par : Frédéric Schiffter | 18.08.2011
Répondre à ce commentaireLa domestication du mâle, même si elle passe par la féminisation du genre - par les activités, partages des tâches, domination de l'affect sur le pragmatisme-, je l'appelle "la stratégie du gros chat castré". Kesseuçé?
Pour conserver le mari rendons-le indésirable. A ses fourneaux, la marâtre aura tôt fait de glisser des mottes de beurre sous le tablier abdominal et une fois bien alourdi, le mari préférera s'endormir devant la télé qu'aller courir le guilledou. Probable qu'au bout du compte cela arrange tout le monde.
Écrit par : ndsMf | 18.08.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Le Lorgnon mélancolique | 18.08.2011
Répondre à ce commentaire* pour les quincas plus baroudeurs on a le modèle sac à dos ou sac à ventre plus tordant !
Écrit par : alaska | 23.08.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : ndSmf | 23.08.2011
Répondre à ce commentaireEt ce n'est pas en remplaçant le paternalisme par autre chose qu'on y changera quoi que ce soit...J'ai decouvert cela trop tardivement grace à Henri Laborit qui parle avec talent d'autres types de famille qui ont existé par exemple dans le Pacifique Sud, et qui ont permis l'eclosion de civilisations completement differentes...Ces civilisations et leur modeles familiaux etaient differents car disposant de tout à profusion et sans effort (nourriture et climat clement) , ils ont suivi des voies differentes et ignoré la propriété. Leurs familles etaient donc completement differentes et ont donné naissance à une civilisation bien moins agressive que la nôtre. Ce que les Occidentaux debarqués par exemple à Tahiti n'ont d'ailleurs pas du tout compris et se sont donc empressés de saccager.Pour la remplacer par la nôtre, tellement plus évoluée, celle que vous decrivez.
Écrit par : Pierre | 26.08.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : nDSmf | 26.08.2011
Répondre à ce commentairecet ouvrage: "L'éthique samouraï et le Japon moderne" de Yukio Mishima
cet auteur: grand lecteur du fameux code des samouraïs Hagakuré, homosexuel avéré, très efféminé, se souciant énormément de la plastique de son corps... comme quoi, nous ne sommes pas à une contradiction près! :)
Écrit par : Raphaël | 26.08.2011
Répondre à ce commentaireQuant au sujet qui nous occupe ici, il tente plutôt d'observer la féminisation des hommes en tant que servitude consentie, par perte de repères, confusion dans la définition des rôles, insuffisance de projets ou déficit de (ré)jouissances.
Écrit par : NdsMf | 27.08.2011
Répondre à ce commentaireEn tout cas c'est joliment écrit: quel art de pousser la réthorique à ce niveau !
Écrit par : ALASKA | 28.08.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : NdsMf | 29.08.2011
Répondre à ce commentaireSur le "tout est déterminé par les dogmes des soutanes", c'est une croyance populaire décevante de votre part... L'Evangile a apporté un message plutôt évolué sur la question et la situation de la femme est plus enviable dans les contrées christianisées que dans celles qui ont été islamisées, ou en Asie. Le Sud-pacifique, je n'en sais rien, j'avoue. Je demande à voir lesdites femmes et civilisations si "harmonieuses" !
Une chose de sûre également : la situation des femmes dans la Rome ou la Grèce antique, au mieux adulées comme "incarnation de la fertilité", avant l'ère chrétienne, n'était pas meilleure, loin s'en faut... Bien à vous,
Écrit par : Louise | 29.08.2011
Répondre à ce commentaireQuitte à rester "vulgate", je maintiens que la religion demeure la plus perfide source de domination de l'homme par l'homme.
Écrit par : NdSmF | 29.08.2011
Répondre à ce commentaireJe vis dans un monde étrange. A chaque fois que je sors de chez moi et que je vais au travail (du latin tri pallium, trois pieux, instrument de torture), je vois sur la route des dames qui poussent des poussettes. Je pense que c'est un métier: pousseuse de poussettes. Je ne les ai jamais vu faire autre chose que pousser leurs poussettes. Certaines, ça fait 4 ans que je les vois avec des poussettes. Tous les jours, à n'importe quelle heure. Des fois, elles se baladent sur la route en troupeau avec des trucs, petits, qui courent et qui crient,...en plus de leurs poussettes.
La municipalité à construit un trottoir empierré pour les pousseuses de poussettes. Mais celles-ci ne souhaitent probablement pas salir les roues de leurs bolides et continuent d'occuper la route. Parfois la pousseuse de poussette me fusille du regard lorsque je m'arrête devant le truc, petit, qui pédale et qui crie. Celui-ci utilise la route comme piste d'entrainement de vélo. Je suis contraint de m'arrêter, sinon imaginez le chantier. Moi, en train d'essayer d'enlever des morceaux de ce truc petit (qui criait et qui pédalait) coincés dans les rainures des roues tout terrain de mon 4x4, V6, 24 soupapes 3,5l. Beuhhhh... C'est trop dégeux.
Il n'y pas longtemps, j'ai cru qu'il y avait une manif. Elles n'étaient pas nombreuses, mais occupaient toute la route. Une pousseuse de poussette se tenait plantée sur le trottoir avec une poussette et deux ou trois trucs petits qui agitaient les bras et qui criaient. A coté sur la route, une pousseuse de poussette doublant son homologue qui occupait le trottoir. Arrêté sur la route, me faisant face, une pousseuse de poussette en voiture. La pousseuse de poussette en voiture se distingue de l'usager ordinaire à l'aide d'un pars-soleil Winnie l'ourson (ou Mickey) fixé sur la vitre arrière du véhicule.
Pour éviter des paperasses et quelques désagréments, je décide d'arrêter mon 4x4, auquel est attelé ma remorque, derrière la pousseuse de poussette en double file. Elle se trouve de fait sur la voie qu'utilise d'ordinaire les véhicules à moteur. Je pensais naïvement que la route était faîte pour les voitures et les trottoirs pour les pousseuses de poussettes. Que nenni! La pousseuse de poussette gloussait avec ses congénères et n'avait point l'intention de salir les roues de son carrosse sur le trottoir non bitumé. J'ai du attendre qu'elle parcours une vingtaine de mètres avant qu'elle atteigne le bateau qui lui permis de monter sur la partie du trottoir bitumé.
Lorsqu'enfin, j'ai pu dépassé la pousseuse de poussette, elle se retourna et me souria victorieuse. J'ai compris dans son regard malicieux qu'elle me signifiait que c'était son territoire. Elles étaient les plus nombreuses, infiltrées dans toutes les sphères d'influences (comme l'APEL de l'école primaire, le conseil municipale de la commune, la paroisse, l'organisation de l'arbre de Noël, la Kermesse de fin d'année, le club de tricot, le centre d'action social, la braderie, le club de gym, l'association des mères au foyer,....). Discrètes, dans l'ombre, plus influentes que les franc-maçons, elles façonnent le monde à leur image. C'est la dictature des poussettes!
AU SECOURS!!!!!.......
Écrit par : BJ | 08.11.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : V. | 09.11.2011
Amicalement.
Al
Écrit par : Al West | 09.11.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : V. | 09.11.2011
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