22.02.2012
Dansez maintenant !
En vadrouillant chez notre ami Frédéric, je suis tombée sur un commentaire d’une telle intensité dramatique qu’il m’a laissée sans voix. Il dit ceci : « Mais je dois militer et combattre. J'ai deux filles magnifiques qui ne veulent pas mourir ». Ce choc !
Sorties de leur contexte, on imagine très bien ces deux phrases sur le bandeau rouge d’un thriller en promo ou en accroche d’un docufiction de la télé. Mais ce n’est pas le cas, l’auteur de cette énormité écrit des ouvrages très sérieux, ce qui est tout à son honneur.
Quelques lignes plus haut, il dit qu’il n’a pas le temps de s’amuser, qu’il aimerait bien mais qu’il ne peut pas, pour les raisons qui sont données ci-dessus. Il y a dans ses propos comme une notion d’engagement, d’investissement total. De sacerdoce ? C’est la guerre.
L’homme qui écrit ceci est semble-t-il un papa, tout l’argumentaire repose là-dessus. Mais attention, ce n’est pas un papa en carton, c’est un papa de compète, motivé dans sa lutte par la protection et la subsistance de deux filles magnifiques qui ne veulent pas mourir. Au passage, peu de filles, magnifiques ou moches, veulent mourir et c’est heureux. La lutte – militer et combattre, trouverait donc tout son sens dans la sauvegarde d’une progéniture et dans la pérennité pacifiée d'un monde. Soit, on s’occupe comme on peut.
Ce qui m’amuse et m’agace davantage dans ces deux minuscules phrases, c’est la gravité – et la pesanteur – ultra culpabilisante de la chute. Avec ou sans enfants, on souhaite tous que les petits humains ne pâtissent pas des turpitudes de leurs ancêtres. Cependant, ce n’est pas lorsqu’ils sont là qu’il faut s'interroger sur l'avenir. A l’inconséquent qui vitupère, je renverrais donc cette question : « Que faisiez-vous au temps chaud ? ».
Dans la continuité, lire aussi l'excellent billet d'Axel Evigiran ICI
23:11 Écrit par nDsmF dans Des écrivains, Observation, One shot | Commentaires (18) | Envoyer cette note





Commentaires
La fourmi et la cigale.
La fourmi ayant stocké
Tout l’hiver
Se trouva fort encombrée
Quand le soleil fut venu :
Qui lui prendrait ses morceaux
De mouches ou de vermisseaux ?
Elle tenta de démarcher
Chez la cigale, sa voisine,
La poussant à s’acheter
Quelques grains pour subsister
Jusqu’à la saison prochaine.
« Vous me paierez, lui dit-elle,
Après l’août, foi d’animal,
Intérêt et principal. »
La cigale n’est pas gourmande :
C’est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps froid ?
Dit-elle à cette amasseuse.
- Nuit et jour à tout venant
Je stockais, ne vous déplaise.
- Vous stockiez ? J’en suis fort aise ;
Et bien soldez maintenant.
Françoise SAGAN
Écrit par : JMT | 23.02.2012
Écrit par : V. | 23.02.2012
Votre recadrage est épatant et nécessaire! D'autant que la marmaille, ce qui lui plait, ce sont les vieux qui savent faire rigoler la vie! Les barbons qui oublient qu'ils ont un corps à faire goder (que ça chante, que ça baise, ou que ça surfe!) ne les intéressent pas beaucoup... Les petits n'ont pas besoin d’être défendus, ils ont besoins d'être armés. Un regard sur le monde sans illusion (le bel exemple du style, qui n'est pas qu'une affaire de mots) leur évitera au moins d'être trop tendre, de se faire moucher à la première déception, de se faire tuer de bon cœur "pour des idées n'ayant plus cours le lendemain" comme disait le poète...
L’échange que vous évoquez vaut son pesant de cacahuètes. Le type concerné a eu le courage de venir se défendre et je trouve ça admirable. Hélas je ne crois pas qu'il ait convaincu grand monde. J'ai une pensée triste pour ses petites filles... J'espère qu'elles sont sorties de cette séquence œdipienne pendant laquelle les pères ne doivent pas faillir... Parce que pour le coup, il les aurait plus exposées que défendues...
Belle journée à vous, chère V.
Écrit par : soluto | 23.02.2012
Écrit par : V. | 23.02.2012
Demandez à ce père si le meilleur moment
N'est pas quand ses fils commencent à l'aimer comme des hommes,
Lui-même comme un homme,
Librement,
Gratuitement,
Demandez à ce père dont les enfants grandissent.
Charles Péguy
Écrit par : alain jugnon | 24.02.2012
Mon frère qui élève des abeilles et enseigne le nom des fleurs à ses enfants est bien plus sage et les arme bien davantage à mon sens. Bref, s'il faut lutter aujourd'hui ce n'est pas seulement contre la droite fascisante mais contre tous les systèmes qui nous conduisent à accepter benoîtement les pires humiliations, à gober comme des neuneus des programmes irréalistes et remâchés, ou encore à aduler de faux maîtres qui déversent sur une plèbe endormie les hagiographies de penseurs antiques. La domination de l'homme par l'homme dans son ensemble, même si elle a des apparences généreuses, est ce contre quoi nous devons lutter. Le prêt-à-penser de quelque source qu'il vienne signe l'abolition définitive de toute autonomie, de toute individualité et cet exemple de suivisme n'est pas, me semble-t-il, le projet le plus réjouisssant que nous ayons à présenter à nos enfants.
Quoi qu'il en soit, ils feront comme nous, ils s'adapteront.
Écrit par : V. | 24.02.2012
Écrit par : alain jugnon | 24.02.2012
Tout à fait. Et comme il se doit à ce genre de film il convient d’adjoindre une musique ‘destroy’ ; une musique de « Warrior » !..
Et il se trouve que précisément j’écoutais ceci en lisant votre billet :
http://www.youtube.com/watch?v=L3tzIoZxl7Y
Les paroles éructées par le chanteur d’Ektomorf pourraient sans soucis être endossées par notre philosophe militant :
What I feel is pain
So much fucked up fear
And I know it's not real
I will stand on my ground
Nothing, no one brings me down
I fight for what I believe
I will love and live
I will stand on my ground
Nothing, no one brings me down
I fight for what I believe
I will love and live
There is so much
Motherfuckin' thoughts
They wanna make my
Make my head explode
But love will win this war
I will stand on my ground
Nothing, no one brings me down
I fight for what I believe
I will love and live
I will stand on my ground
Nothing, no one brings me down
I fight for what I believe
I will love and live
There is so much inside
I give you all
There is so much inside
I give you all
Écrit par : axel | 24.02.2012
Bienvenue ici Axel !
A mon tour de vous proposer une chansonnette moins mother fucker, légèrement éloignée du propos au demeurant, mais qui me détend le tympan.
http://nouvellesdesfronts.hautetfort.com/media/00/02/493373863.mp3
Écrit par : V. | 24.02.2012
Écrit par : V. | 25.02.2012
Sur le blog de Schiffter vous me dites : «J'expose le corps sans dieu comme Artaud en 1948 le corps sans organe. Je sais l'athéisme conséquent la seule arme contre la culture de mort : je suis le philosophe. » et je dois vous avouer que je ne suis pas en mesure de comprendre votre propos. Passe encore pour cette histoire Artuldi-Deleuzienne (j’irai voir ça de plus près si le courage ne me fait pas défaut) Mais votre deuxième phrase, où vous prenez la pose, m’emberlificote… Vous allez vite et de traviole. L’athéisme conséquent n’est pas la philosophie mais une croyance qui prend souvent des allures de religion de substitution… (D’autres se jettent dans la psychanalyse, d’autres parait-il dans l’Onfrayisme… Tout est possible… et pour ma part je ne jette la pierre à personne. Chacun se construit comme il peut…)
Sur le blog de V. vous m’écrivez : « Si le philosophe-papa ne décide pas aujourd'hui de continuer à s'en prendre au fascisme qui vient comme jamais alors en effet tout du monde qu'il désire rendre possible deviendra impossible et pire impensable... » (J’ai supprimé les parenthèses qui n’apportaient rien sur le fond) Reconnaissez qu’il faut faire un fichu effort pour seulement entraver ce que vous vouliez dire. Regardons-y de plus près : ne pas décider de continuer ( ?) à s’en prendre au fascisme qui vient comme jamais ( ?), c’est fortiche comme formulation... C’est aussi un peu fumeux…
Le monde est plein de gens qui veulent le changer, qui s’emploient à proposer le bonheur pour tous et qui se grandissent en désignant l’ennemi à abattre. Les enrôlés ne manquent pas. Pour ma part je me contente de rester souriant, de ne pas me laisser envahir, et de montrer les crocs quand on me marche sur les pieds en me disant que c’est pour mon bien. Ne croyez pas pour autant que j’oublie les autres. J’ouvre mon clapet dès que je me fais honte à le laisser fermer. Les années passant je fais moins le coup de poing. Pourtant, souvent, le cœur y est … ça me chatouille. Je ne délègue pas mes colères.
N’oubliez pas, les grandes causes font les grandes espérances, qui font les grosses déceptions, qui se terminent toutes dans l’aigreur et le ressentiment… Certaines tournent au carnage.
Mais il est tard. Mes pinceaux m’appellent…
Bien à vous,
Soluto
PS Je ne manquerai pas de tenter de vous lire. J’espère que mon libraire vous aura en rayon… J’ajusterai si nécessaire mon tir quand j’aurai lu quelques-unes de vos pages… Beau dimanche à vous. Profitez bien...
Écrit par : soluto | 25.02.2012
C’est également mon sentiment à lire la prose embrouillée à dessein (je l’espère pour son auteur…) de notre philosophe militant sur l’espace de Frédéric Schiffter.
N’est-ce pas précisément M.Onfray qui disait que derrière les écrits alambiqués ne se cachait bien souvent que la pauvreté d’une pensée ? La complexité du discours, selon lui, ne servirait qu’à masquer que le roi est nu ! Là-dessus je le suis tout à fait.
Quoi qu’il en soit Monsieur Jugnon, qui passant n’hésite pas à recourir aux arguments d’autorité un brin condescendants (lisez ceci ou cela et après on en reparle – voire lisez mes (si bons) livres…) n’a au moins pas de soucis d’ego…
Ceci pour vivifiante et polémique pensée matinale…
Très bonne journée ici
Axel
Écrit par : Axel | 27.02.2012
Que vivent et prospèrent les textes subtils, touffus, ironiques, mordants, compliqués, difficiles d’accès, qui se méritent, qu’on prend et qu’on reprend, qu’on remâche à l’infini et qui n’en finissent plus de livrer leurs trésors. Le roi n’est pas forcément nu. Les chantres de l’accès facile rangent les nigauds de leur côté. Ils leur disent dans le creux de l’oreille qu’ils ne sont pas plus bêtes que d’autres, qu’on leur cache quelque chose dès que ça se complique un peu… Ce sont des flatte-couillons, des démagos, des animateurs de café-philo… Quiconque se frotte, même un peu, à la philosophie, sait que le plaisir de comprendre est exigeant, qu’il faut beaucoup travailler pour avancer un peu. Ce qu’on ne dit plus, c’est que dans cet effort-là se niche un plaisir délicieux…
La clarté à tout prix ? Prudence… Ce n’est pas parce qu’Onfray parle clair qu’il parle juste, même et surtout sur ce sujet. Là encore il va sur un terrain où il rallie le grand nombre. Vivent les incompréhensibles qui nous charment par leur musique, leur aplomb, leur puissance, leur violence… Vivent les couillus qui sont dans leurs textes, même quand ils nous étourdissent.
C’est l’esbroufe et la phrase alambiquée qui nous dégoûtent. Ce sont elles qu’on veut démasquer. Derrière elles le roitelet n’est pas nu. C’est bien pire. Il n’est plus rien. Juste une baudruche où se croisent des lieux communs, des platitudes, des rancœurs, des illusions et beaucoup de vanité…
Belle journée à vous, ainsi qu’à V., qui nous offre cet espace de parole à l’abri des m’as-tu lu et des ronflants (je trouve que Schiffter a beaucoup de patience…)
Au plaisir,
Soluto
Écrit par : soluto | 27.02.2012
Écrit par : V. | 28.02.2012
Je suis tout à fait en accord avec vous. Je pointais en fait plus directement le biais qu’ont certains de complexifier à souhait leur prose pour ‘faire savant’ – ou ceux qui sont tout simplement embrouillés et sans style… Bref les pédants.
Ps : Je trouve aussi que Frédéric Schiffter à beaucoup – mais beaucoup – de patience….
Écrit par : Axel | 27.02.2012
Les arguments défendus par AJ dans un charabia hystérique m'inquiètent car, s'ils se présentent en tant qu'éléments de la "lutte", c'est-à-dire contribution à une (r)évolution sociale, il va d'abord falloir nous renvoyer à l'école pour décoder le bordel.
Cependant, à l'intérieur de cette logorrhée, on distingue bien la traduction opportuniste du propos et, d'un coup, je me demande: à qui profite le crime ?
Si je ne comprends rien, je ne veux pas non plus chercher à comprendre ces paraboles alambiquées, espèce de mur de mots intriqués opacifiant l'horizon alors qu'il convient, de toute urgence, d'être direct, clair, efficace et fracassant.
AJ fait la preuve de la déconnection définitive et irréversible de deux mondes : les universitaires ou assimilés faisant des gargarismes devant leur miroir et le tout-venant dont je suis, occupé à élaguer désespérément la forêt sombre des systèmes.
Écrit par : V. | 28.02.2012
C’est cela. Et c’est aussi là a priori son unique fait d’arme… Ce monsieur se complait dans le dire – le dire alambiqué (pour être plus direct, dans l’imbitable) et a l’impression d’être dans l’agir.
Il est de ce genre d’individus imbus de leur savoir confondant entêtement borné et lucidité, et qui veulent à tout prix avoir le dernier mot, pensant sans doute, que le dernier qui parle a forcément raison… Frédéric Lordon, au plus fort de la crise de 2008, avait dit de ce genre d’énergumènes, détrompés par les faits mais prêts à toutes les contorsions pour faire rentrer le réel dans leurs préjugés idéologiques – il visait certains experts économiques – que « tout s’est vaporisé dans leur tête ». On ne saurait mieux dire ici.
« Les arguments défendus par AJ dans un charabia hystérique m'inquiètent… »
Il y a du Robespierre et du Proudhon chez ce cérébral, le tout pimenté à la sauce Mister Bean… En d’autres lieux et d’autres époques je crains fort que nous eussions tous été guillotinés pour déviance intellectuelle – ou par manque d’ardeur militante…
Dans son très beau et dernier commentaire Frédéric Schiffter écrit :
« Naturellement, il s'agit plus d'une dénaturation de Nietzsche que d'un détournement. (…) Pourquoi un tel négationnisme textuel ? La déraison, mon cher Joël, se passe de raisons ».
Il n’y a rien à ajouter, si ce n’est une pensée émue pour les pauvres élèves de ce quidam…
PS : je ne suis pas d’ordinaire coutumier de ce genre de prose ‘musclée’ – préférant passer chemin en baillant plutôt que perdre mon temps – mais il advient parfois des exceptions dont on ne sait trop la source…
Écrit par : Axel | 28.02.2012
Écrit par : V. | 28.02.2012
Les commentaires sont fermés.