20.06.2009
S'impatienter

Vie au bord de la fenêtre.
L'impatiens explose.
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19.04.2009
Attaque frontale
À gauche de la fenêtre de la dame d'en face, il y a une voix. Elle parvient jusqu'à l'ensemble de la cour par une issue invisible depuis chez moi, ce qui donne à ce que j'entends une aura mystérieuse et terrifiante. Déjà plusieurs nuits, elle s'était frayée jusqu'ici, ça me rappelait Jane Eyre et la folle du donjon.
Par ce beau dimanche que rien ne venait troubler si ce n'est le dong des cloches de Notre-Dame, la voix s'est mise en demeure de crier. De crier, de hurler même. C'était sans doute au téléphone, quelqu'un venait de l'appeler, une fille sûrement. Sa fille peut-être. Et elle hurlait qu'elle s'était "cassé le cul à faire la bouffe", que ce n'était pas la peine de l'appeler à l'avenir, le tout ponctué de "t'es qu'une garce, t'es qu'une saloooooope".
Elle répétait ces mots-là avec tellement d'excès qu'on aurait dit qu'elle jouissait de pouvoir les prononcer. Pour tout dire, c'était d'une violence extrême et j'ai pensé aux fous que j'avais croisés autrefois, ceux dont on disait que c'était la maladie qui les rendait comme ça, une atteinte frontale qui désinhibe, une dégénérescence ou truc du genre. On n'est jamais fou à cause de rien.
Par ce beau dimanche de printemps, j'ai regardé ce mur d'en face en me demandant quelle sale maladie pouvait bien se promener derrière, j'ai pensé à toutes les fractures, les accidents, les chocs, les effractions qui conduisent un jour à ça.
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15.04.2009
Pâques au balcon
Est-ce que c'était à cause de Pâques? Est-ce que c'était à cause du bruit? Quand elle s'est pointée au balcon ma voisine d'en face, que je n'avais d'ailleurs jamais vue, c'était pour hurler, les mains en porte-voix que ça suffisait bien les tam-tam là. Elle avait attendu bravement que le son montant de la verrière s'arrête, dans sa petite jupe plissée bleu marine, sous ses cheveux gris au carré et son bandeau de velours bleu marine aussi. Me voyant paraître, subitement alertée, elle était restée saisie, mais le grondement sortant de sa bouche était déjà en train d'atterrir. On a fermé les vasistas, on a ralenti les mélopées.

Sous la verrière, qu'il fasse ferié ou jour ouvré, se tiennent cours de yoga, danse africaine ou conférence en hindi. On y chante on y danse, on s'y congratule, on glousse. Pour 20 € la séance d'une heure on se rapproche, par quelque pratique que ce soit, de la voie du milieu du sien esprit. Se rapprocher certes, mais sans quitter le V° arrondissement.
De cette cour miraculeuse sur laquelle je jette souvent les parties molles et mortes de mes plantes, monte à nous un grand ÔM toujours alerte, craché par quantité de petits poumons stressés. Au début c'est étrange, même après 7 ans de yoga.
En fait, est-ce le décor, épuré-convenu style Elle Déco? Est-ce le tarif prohibitif et indécent? mais on n'y croit pas. Impossible quand je passe devant l'entrée de ce parc d'attraction de ne pas avoir pour ces peuples en manque de repères une profonde affliction. Ils arrivent comme un seul homme, fixant depuis la porte cochère du XVI° siècle la poignée du hâvre où ils pourront déposer leurs pêts. On le dit peu mais un corps sain ne le devient qu'après flatulences et ptits pêts pêts.
Ce soir, une voix grave de type cortège funèbre post earthquake débite avec un fort accent américain des "inspirs" "expirs" qui fleurent bon le Niouhèïge californien. Les vasistas sont encore ouverts, la dame au bandeau bleu n'est pas réapparue. C'était sans doute à cause de Pâques. Le sacrilège, elle n'a pas pu le supporter.
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