28.11.2009
L'équilibre des forces
Conversation du soir: comment se fait-il que le Français dit "d'en bas", le tout-venant, le sans grade, ne se soit pas encore révolté sous les humiliations quotidiennes subies depuis l'avènement de la bling-bling comédie? Comment se fait-il qu'il n'y ait eu à ce jour aucun mouvement massif et cohérent pour manifester un signe de mécontentement?
La question reste entière, mais ce soir nous avons autopsié en quelques heures les symptômes d'une grande maladie qui n'est pas la grippe H1N1, petite épreuve de l'hiver, quoiqu'on en dise.
Depuis 2007, c'est une maladie sournoise car arrivée sans crier gare qui nous afflige. Comme chacun sait, ce n'est pas le bruit que fait la maladie qui annonce sa gravité, bien au contraire. Mieux vaut se méfier du silence. Ce soir donc, nous nous interrogions autour d'un verre de blanc sur l'inertie comme une croûte de sel, sous laquelle on sent bien quelques bouillonnements, sans que pour autant la croûte ne cède. Etonnant donc qu'un peuple aussi râleur, contestataire que le nôtre reste ainsi passif devant l'agression.
S'il fallait chercher aux origines, disons que moins il y aura de gens pour penser, moins il y aura de révoltes. On l'a vu en 1789, en 1968, les grands mouvements sociaux n'ont jamais été initiés sans que des penseurs s'en mêlent. Solution pour garder le contrôle: donner le Bac à tout le monde, abaisser le niveau d'exigence, ainsi les diplômés seront des ignares et les non-diplômés des moins que rien, les élites s'auto- alimenteront et la conservation des privilèges sera maintenue. Ouf !
La mécanique de l'inertie (non ce n'est pas un oxymore), consiste à jongler d'un côté sur l'oppression et d'un autre sur la peur. On se trouve donc dans un système qui d'une part surveille, cadre, sanctionne et qui, par ailleurs, active le sentiment d'insécurité et de peur. L'équilibre de ce dispositif repose sur l'exercice permanent de l'un et de l'autre: je soumets et je fais peur, je peux maintenir la soumission car je maintiens la peur. Ce qui rend la chose possible c'est que le danger annoncé n'est pas endogène, mais exogène, donc issu de l'étranger qu'il soit humain (les immigrés) ou biologique (les virus). Le dispositif se nourrit de lui-même car, une fois la peur instaurée, le système de surveillance trouve sa justification.
Résultat, le Français si râleur d'ordinaire, se prend à hésiter: si je manifeste, je vais me faire repérer, perdre mon boulot et comme on nous dit tous les jours que c'est la crise, je ne vais pas retrouver de travail, donc j'attends. Sauf que.
Sauf que ne rien faire maintient l'ensemble.
Pour permettre au système capitaliste de durer, le chômage est indispensable, car il représente une menace permanente. S'il n'y a pas de peur, il n'y a pas de soumission et tant que l'équilibre sera précaire entre ces deux flux, il y aura maintien de sous-embauches, maintien de salaires honteux, et maintien voire expansion de la domination des actionnaires, véritables maîtres du monde. En prévision des mouvements qui pourraient émerger à force de frustrations, on a délocalisé vers des pays moins regardants. Ainsi, en consommant chinois, je participe à ma propre incarcération. Peut-on désormais faire sauter les verrous?
Pour en revenir à notre mouton noir, hâbleur et sans vertus, pouvons-nous craindre une réélection? OUI.
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27.11.2009
Leçon de Camus à l'usage de l'ignorant
Michel Onfray, en éminent moraliste, adresse dans Le Monde de mercredi 25 novembre, une lettre ouverte au mini président au sujet de la pantéonalonade de Camus: un grand moment de jubilation. Long à lire, mais chaque mot pèse. Non! les écrivains n'ont pas devoir de réserve. Merci Michel !
Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps. Vous venez de manifester votre désir d'accueillir les cendres d'Albert Camus au Panthéon, ce temple de la République au fronton duquel, chacun le sait, se trouvent inscrites ces paroles :"Aux grands hommes, la patrie reconnaissante". Comment vous donner tort puisque, de fait, Camus fut un grand homme dans sa vie et dans son oeuvre et qu'une reconnaissance venue de la patrie honorerait la mémoire de ce boursier de l'éducation nationale susceptible de devenir modèle dans un monde désormais sans modèles.
Camus fut l'opposant de toutes les terreurs, de toutes les peines de mort, de tous les assassinats politiques, de tous les totalitarismes, et ne fit pas exception pour justifier les guillotines, les meurtres, ou les camps qui auraient servi ses idées. Pour cela, il fut bien un grand homme quand tant d'autres se révélèrent si petits.
Mais, Monsieur le Président, comment justifierez-vous alors votre passion pour cet homme qui, le jour du discours de Suède, a tenu à le dédier à Louis Germain, l'instituteur qui lui permit de sortir de la pauvreté et de la misère de son milieu d'origine en devenant, par la culture, les livres, l'école, le savoir, celui que l'Académie suédoise honorait ce jour du prix Nobel ? Car, je vous le rappelle, vous avez dit le 20 décembre 2007, au palais du Latran : "Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé." Dès lors, c'est à La Princesse de Clèves que Camus doit d'être devenu Camus, et non à la Bible.
De même, comment justifierez-vous, Monsieur le Président, vous qui incarnez la nation, que vous puissiez ostensiblement afficher tous les signes de l'américanophilie la plus ostensible ? Une fois votre tee-shirt de jogger affirmait que vous aimiez la police de New York, une autre fois, torse nu dans la baie d'une station balnéaire présentée comme très prisée par les milliardaires américains, vous preniez vos premières vacances de président aux Etats-Unis sous les objectifs des journalistes, ou d'autres fois encore, notamment celles au cours desquelles vous avez fait savoir à George Bush combien vous aimiez son Amérique.
Savez-vous qu'Albert Camus, souvent présenté par des hémiplégiques seulement comme un antimarxiste, était aussi, et c'est ce qui donnait son sens à tout son engagement, un antiaméricain forcené, non pas qu'il n'ait pas aimé le peuple américain, mais il a souvent dit sa détestation du capitalisme dans sa forme libérale, du triomphe de l'argent roi, de la religion consumériste, du marché faisant la loi partout, de l'impérialisme libéral imposé à la planète qui caractérise presque toujours les gouvernements américains. Est-ce le Camus que vous aimez ? Ou celui qui, dansActuelles, demande "une vraie démocratie populaire et ouvrière", la "destruction impitoyable des trusts", le "bonheur des plus humbles d'entre nous" (Œuvres complètes d'Albert Camus, Gallimard, "La Pléiade", tome II, p. 517) ?
Et puis, Monsieur le Président, comment expliquerez-vous que vous puissiez déclarer souriant devant les caméras de télévision en juillet 2008 que, "désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s'en aperçoit", et, en même temps, vouloir honorer un penseur qui n'a cessé de célébrer le pouvoir syndical, la force du génie colérique ouvrier, la puissance de la revendication populaire ? Car, dans L'Homme révolté, dans lequel on a privilégié la critique du totalitarisme et du marxisme-léninisme en oubliant la partie positive - une perversion sartrienne bien ancrée dans l'inconscient collectif français... -, il y avait aussi un éloge des pensées anarchistes françaises, italiennes, espagnoles, une célébration de la Commune, et, surtout, un vibrant plaidoyer pour le "syndicalisme révolutionnaire" présenté comme une "pensée solaire" (t. III, p. 317).
Est-ce cet Albert Camus qui appelle à "une nouvelle révolte" libertaire (t. III, p. 322) que vous souhaitez faire entrer au Panthéon ? Celui qui souhaite remettre en cause la "forme de la propriété" dans Actuelles II (t. III, p. 393) ? Car ce Camus libertaire de 1952 n'est pas une exception, c'est le même Camus qui, en 1959, huit mois avant sa mort, répondant à une revue anarchiste brésilienne, Reconstruir, affirmait : "Le pouvoir rend fou celui qui le détient" (t. IV, p. 660). Voulez-vous donc honorer l'anarchiste, le libertaire, l'ami des syndicalistes révolutionnaires, le penseur politique affirmant que le pouvoir transforme en Caligula quiconque le détient ?
De même, Monsieur le Président, vous qui, depuis deux ans, avez reçu, parfois en grande pompe, des chefs d'Etat qui s'illustrent dans le meurtre, la dictature de masse, l'emprisonnement des opposants, le soutien au terrorisme international, la destruction physique de peuples minoritaires, vous qui aviez, lors de vos discours de candidat, annoncé la fin de la politique sans foi ni loi, en citant Camus d'ailleurs, comment pourrez-vous concilier votre pragmatisme insoucieux de morale avec le souci camusien de ne jamais séparer politique et morale ? En l'occurrence une morale soucieuse de principes, de vertus, de grandeur, de générosité, de fraternité, de solidarité.
Camus parlait en effet dans L'Homme révolté de la nécessité de promouvoir un "individualisme altruiste" soucieux de liberté autant que de justice. J'écris bien : "autant que". Car, pour Camus, la liberté sans la justice, c'est la sauvagerie du plus fort, le triomphe du libéralisme, la loi des bandes, des tribus et des mafias ; la justice sans la liberté, c'est le règne des camps, des barbelés et des miradors. Disons-le autrement : la liberté sans la justice, c'est l'Amérique imposant à toute la planète le capitalisme libéral sans états d'âme ; la justice sans la liberté, c'était l'URSS faisant du camp la vérité du socialisme. Camus voulait une économie libre dans une société juste. Notre société, Monsieur le Président, celle dont vous êtes l'incarnation souveraine, n'est libre que pour les forts, elle est injuste pour les plus faibles qui incarnent aussi les plus dépourvus de liberté.
Les plus humbles, pour lesquels Camus voulait que la politique fût faite, ont nom aujourd'hui ouvriers et chômeurs, sans-papiers et précaires, immigrés et réfugiés, sans-logis et stagiaires sans contrats, femmes dominées et minorités invisibles. Pour eux, il n'est guère question de liberté ou de justice... Ces filles et fils, frères et soeurs, descendants aujourd'hui des syndicalistes espagnols, des ouvriers venus d'Afrique du Nord, des miséreux de Kabylie, des travailleurs émigrés maghrébins jadis honorés, défendus et soutenus par Camus, ne sont guère à la fête sous votre règne. Vous êtes-vous demandé ce qu'aurait pensé Albert Camus de cette politique si peu altruiste et tellement individualiste ?
Comment allez-vous faire, Monsieur le Président, pour ne pas dire dans votre discours de réception au Panthéon, vous qui êtes allé à Gandrange dire aux ouvriers que leur usine serait sauvée, avant qu'elle ne ferme, que Camus écrivait le 13 décembre 1955 dans un article intitulé "La condition ouvrière" qu'il fallait faire "participer directement le travailleur à la gestion et à la réparation du revenu national" (t. III, p. 1059) ? Il faut la paresse des journalistes reprenant les deux plus célèbres biographes de Camus pour faire du philosophe un social-démocrate...
Car, si Camus a pu participer au jeu démocratique parlementaire de façon ponctuelle (Mendès France en 1955 pour donner en Algérie sa chance à l'intelligence contre les partisans du sang de l'armée continentale ou du sang du terrorisme nationaliste), c'était par défaut : Albert Camus n'a jamais joué la réforme contre la révolution, mais la réforme en attendant la révolution à laquelle, ces choses sont rarement dites, évidemment, il a toujours cru - pourvu qu'elle soit morale.
Comment comprendre, sinon, qu'il écrive dans L'Express, le 4 juin 1955, que l'idée de révolution, à laquelle il ne renonce pas en soi, retrouvera son sens quand elle aura cessé de soutenir le cynisme et l'opportunisme des totalitarismes du moment et qu'elle "réformera son matériel idéologique et abâtardi par un demi-siècle de compromissions et (que), pour finir, elle mettra au centre de son élan la passion irréductible de la liberté" (t. III, p. 1020) - ce qui dansL'Homme révolté prend la forme d'une opposition entre socialisme césarien, celui de Sartre, et socialisme libertaire, le sien... Or, doit-on le souligner, la critique camusienne du socialisme césarien, Monsieur le Président, n'est pas la critique de tout le socialisme, loin s'en faut ! Ce socialisme libertaire a été passé sous silence par la droite, on la comprend, mais aussi par la gauche, déjà à cette époque toute à son aspiration à l'hégémonie d'un seul.
Dès lors, Monsieur le Président de la République, vous avez raison, Albert Camus mérite le Panthéon, même si le Panthéon est loin, très loin de Tipaza - la seule tombe qu'il aurait probablement échangée contre celle de Lourmarin... Mais si vous voulez que nous puissions croire à la sincérité de votre conversion à la grandeur de Camus, à l'efficacité de son exemplarité (n'est-ce pas la fonction républicaine du Panthéon ?), il vous faudra commencer par vous.
Donnez-nous en effet l'exemple en nous montrant que, comme le Camus qui mérite le Panthéon, vous préférez les instituteurs aux prêtres pour enseigner les valeurs ; que, comme Camus, vous ne croyez pas aux valeurs du marché faisant la loi ; que, comme Camus, vous ne méprisez ni les syndicalistes, ni le syndicalisme, ni les grèves, mais qu'au contraire vous comptez sur le syndicalisme pour incarner la vérité du politique ; que, comme Camus, vous n'entendez pas mener une politique d'ordre insoucieuse de justice et de liberté ; que, comme Camus, vous destinez l'action politique à l'amélioration des conditions de vie des plus petits, des humbles, des pauvres, des démunis, des oubliés, des sans-grade, des sans-voix ; que, comme Camus, vous inscrivez votre combat dans la logique du socialisme libertaire...
A défaut, excusez-moi, Monsieur le Président de la République, mais je ne croirai, avec cette annonce d'un Camus au Panthéon, qu'à un nouveau plan de communication de vos conseillers en image. Camus ne mérite pas ça. Montrez-nous donc que votre lecture du philosophe n'aura pas été opportuniste, autrement dit, qu'elle aura produit des effets dans votre vie, donc dans la nôtre. Si vous aimez autant Camus que ça, devenez camusien. Je vous certifie, Monsieur le Président, qu'en agissant de la sorte vous vous trouveriez à l'origine d'une authentique révolution qui nous dispenserait d'en souhaiter une autre.
Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à mes sentiments respectueux et néanmoins libertaires.
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21.11.2009
Sans foi ni loi
Quelle peste s'abat encore sur nous? Quel choléra, quelle liquéfaction étreint encore nos tripes? Camus au Panthéon... Une raison de plus de quitter la France, désormais au comble de la putasserie ambiante, délirante, éclatée, répandue sur toutes les places, à tous les frontons.
Un homme digne et sobre, inaliénable tant qu'il était vivant, réduit désormais en poussière au delà de la poussière elle-même. Ecrabouillé dans sa mémoire, anéanti dans sa pensée, mis en conserve pour servir la soupe à des ignorants, crétins, pauvres en tout, arrivés au sommet par la grâce d'une France inculte, timorée et triste.
La peste des temps modernes est bien là, dans cet irrespect du vivant tout autant que des morts. La pensée escamotée, vrillée, asservie, mise au service d'une misère intellectuelle même pas affamée, juste passive et sournoise. La honte. La honte.
Jusqu'à quand? Jusqu'où ira-t-il ce mécréant malhonnête qui nous gouverne? Jusqu'à quelle hauteur cette fille sans joie remontra-t-elle sa jupe, déjà si courte, déjà si sale?
Un jour il ira trop loin, un jour on le poussera dans la fosse avec le lion dont il se joue, croyant nous amuser.
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05.11.2009
Après réflexion
J'ai dit du mal des fonctionnaires dans un post précédent, mais elle m'avait vraiment énervée la dame. Maintenant, je m'interroge sur les motifs de cette descente en flèche générale de tout ces agents, dont il est connu à tort ou à raison, que la principale activité est de surveiller la pendule. Voir cette population détestée, tancée de toute part par le citoyen lambda (moi), les politiques (eux), les PME..., au bout d'un moment, c'est suspect. Comment, quand on veut justifier de l'inefficacité d'un système, quand en gros on veut s'en débarrasser, comment procéder autrement? Ce qui semble étonnant dans cette campagne de dégommage en règles, c'est la facilité avec laquelle on laisse le tout-venant s'exprimer, alors que le mouvement actuel est plutôt au verrouillage de la parole. Du coup, mon observation de cette idiote de postière, si elle avait vocation à faire rire, n'a fait qu'apporter de l'eau au moulin de nos décideurs. Vous voyez bien, tout le monde se plaint, ça marche pas la fonction publique hein?
Le problème c'est qu'il faudra bien les reclasser ces fonctionnaires, et compte tenu du fait qu'on va recruter chez les flics, il est à craindre que les nazes de la poste se retrouvent en bleu marine aux carrefours, une liasse de feuilles vertes à la main, prêts à dégainer le PV. Vous imaginez le bordel? La nana qui jusqu'ici déambulait mollement dans l'opeun spéïce de la poste, la voilà obligée de se boudiner dans un froc en 40 (parce que comme elle est au régime, un jour il sera à sa taille, ça la stimule), à rester postée sous la pluie, attendant non sans jubilation que la pétasse qui râlait en ne trouvant pas son colis apparaisse... J'ai peur.
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10.07.2009
La condition de l'homme ordinaire
Une conversation avec un homme ordinaire.
Il dit: "J'ai 47 ans, je suis un homme, marié et père de famille, je suis hétéro, blanc, français de souche, catholique par culture, je ne suis pas handicapé. J'ai fait des études supérieures, je cherche du travail et je ne trouve pas".
Il observait que la normalité, c'est à dire la non appartenance à une "minorité" le rendait transparent, que sa voix n'avait aucune portée, qu'il était exclu par nature de toutes les niches, lobbies, microcosmes dans lesquels s'hébergent ces "particularités" sociales, ethniques, religieuses, physiques, sexuelles.
La parité ça le fait bien rire car on va l'imposer, au prétexte que les femmes sont sous-représentées dans la société. Idem pour la diversité. Désormais, et sous la force de la Loi, il faut des femmes, des noirs, des arabes, des handicapés dans les institutions et les entreprises. On oublie juste que la compétence n'a ni sexe, ni couleur.
Il doit bien y avoir un avantage à disperser tout ce petit monde un peu partout, plutôt que de les laisser s'organiser en contre-pouvoirs...
L'homme ordinaire, coupable de n'être victime d'aucune discrimination, considéré comme nanti, se considérant lui-même comme tel parce que la morale l'imprègne, majoritaire en nombre mais silencieux, n'existe pas. L'homme ordinaire, fonds de roulement du système, interdit de séjour dans les lieux investis par les minorités, s'il osait, pourrait s'insurger. L'homme ordinaire consomme, roule, paie ses impôts. Et s'il arrêtait?
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26.03.2009
Au musée avec Gombrowicz
J'étais à cette époque très mal disposé vis-à-vis de l'art. J'étais nourri de Schopenhauer - et de l'antinomie qu'il établit entre la vie et la contemplation- et aussi de Mann chez qui cette contradiction prend un tour encore plus douloureux. L'art était pour moi le produit de la maladie, de la faiblesse, de la décadence, j'avais envers les artistes une antipathie pour ainsi dire "personnelle", je préférais le monde de l'action et les hommes d'action. Cette phobie devait être d'ordre passionnel. J'avais 25 ans, un âge où l'on ne renonce pas encore à la beauté. Le monde artistique m'attirait par sa liberté et son éclat, mais il me rebutait moralement et physiquement.
.../...
Ce n'est que bien des années plus tard, en Argentine, que cette hostilité à l'égard de la peinture commença à se cristalliser en moi. Ma première déclaration publique à ce sujet, c'est un article paru dans le journal argentin La Nacion, en 1943 je crois, et intitulé "Notre visage et celui de la Joconde" qui faisait directement suite à mes expériences parisiennes.
" Certes, le visage de la Joconde est beau! écrivais-je. Mais quel profit en tirons-nous? Il est beau, mais il rend affreux les visages de ses admirateurs. Sur le tableau: beauté - mais devant le tableau: snobisme, bêtise, effort hébété pour saisir quelque chose de cette beauté puisqu'on vous a informé que beauté il y a".
.../...
L'homme n'est pas fait pour la peinture, mais la peinture pour l'homme. Il faut traiter la peinture de haut, et non pas se prosterner devant les tableaux!
Witold Gombrowicz in Souvenirs de Pologne
10:16 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, art
07.01.2009
Comment faire?
Aujourd'hui réunion de service.
C'était la première fois que j'y assistais et ça aura lieu tous les mois. Welcome aux nouveaux promus, suivi du menu des réjouissances: promouvoir la personne, faire émerger du lot les éléments silencieux et dignes, éjecter les trublions, les vieilles carnes qui veulent rien changer à leur mode de travail. On entre direct dans le vif du sujet et ça sent le nettoyage au kärcher. Et tout y passera: descentes à domicile par des mercenaires de la sécu, payés des fortunes comme le sont ces sociétés minables de contentieux, supposées habilitées à remplacer l'huissier; mises à pied; courriers d'avertissement; entretiens préalables aux licenciements, prdhommes. On a prévu les budgets.
Le chef dans son joli manteau en cachemire annonce la couleur: ceux qui ne veulent pas le bien de leur entreprise, les cumulars d'arrêt de travail, les renégats des notes de service, les souris qui dansent... Exit ! Et ce qu'il avait à dire le chef ce matin, c'est que nous serions les commandos exécutifs et, quand j'ai enfin compris ça, je me suis dit que j'allais pas faire long feu dans cette bassine.
Une voix s'est élevée pourtant. On a parlé de ce pauvre gars qui clame comme un suicidaire qu'il sera en arrêt le 31 décembre car on lui a refusé ses vacances demandées il y a 6 mois. Et on sait pourtant que depuis que son genou l'a lâché, lui l'ancien sportif de haut niveau, depuis que sa femme l'a largué, il n'est plus qu'un petit roquet malheureux. Et que s'il braille comme ça, c'est parce qu'il n'a plus que sa voix pour montrer qu'il est là.
Parler d'humanité dans la fosse aux lions, parler de la promotion de l'individu dans un tube à essai, ça creuse encore la tombe de mes désillusions.
01:10 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.11.2008
Merci aux 42
Eh oui on peut préférer le plein au vide et vouloir MArtIIIIINnnnne!
11:06 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



