29.11.2009

Pauvre gosse

Cette semaine, entre 5 et 7 (du matin), j'étais dans ma voiture et j'écoutais France Inter, comme d'habitude. Ce matin-là, il était question d'un premier roman "Mes illusions donnent sur la cour", dont le titre n'est pas une invention mais un repompage de Gainsbourg. C'est la voix de l'auteur, un jeune homme de 19 ou 20 ans, Sacha Sperling, qui a attiré mon attention. Rarement ailleurs que sur la ligne Auteuil Passy j'avais entendu ce type d'intonations, tellement précieuses, snobs, dénaturées et, soyons clairs, ridicules. J'ai tout de même écouté la fin de l'entretien, car il me semblait que le clou allait finir de me convaincre.

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Ce roman qui, semble-t-il, est une autofiction, consacre ses pages à faire état du désoeuvrement d'une jeunesse argentée et sans passions. Pas vraiment nouveau comme thème, même si le traitement peut pour une fois sortir de l'ordinaire. Ma curiosité n'ira pas jusqu'à le lire, pour la simple raison que rien dans le discours du jeune homme, pas plus que dans ses références littéraires (Beigbeder arf!!), ne laisse poindre une particularité hors de ce siècle pauvre.

 

A 5h45 j'avais la réponse à ma question: "de qui est-il le fils ce paltoquet?". Bien qu'hésitant à le révéler, car pas bien à l'aise dans son identité, il a laissé dire à la journaliste que ses parents étaient Kurys et Arcady, deux personnages bien implantés dans le circuit, mais pas vraiment des sommités culturelles. Evidemment, ça m'a fait sourire, j'ai pensé "encore un!".

Si par miracle Sacha arrive à se sortir de sa lignée, la réussite ne sera pas sans efforts car, si l'accès à la notoriété lui est provisoirement permis, un gros chantier l'attend. Mais s'inventer talentueux sur un terreau aussi médiocre lui demandera des efforts qui peut-être lui donneront goût à la vie. Pauvre gosse de riches !

09.12.2008

La nuit je lis

On m'a donné à lire un auteur discret, Jean-Paul Dubois. La nuit, impossible de me détacher de ce "Vous aurez de mes nouvelles" dont chacune des nouvelles 2586-medium.jpg(justement) est un peu comme une lettre écrite à quelqu'un qui se trouve loin. Souvent ce quelqu'un, on dirait que c'est lui-même, qui se trouve d'ailleurs tout aussi loin, dans des profondeurs. L'homme qui voyage dans ce livre, tant physiquement que par l'esprit, est seul, lâché dans un univers de fantasmes, d'excès, de réalités auxquelles parfois il faut faire face.

Souvent il a perdu un être cher, sa femme l'a quitté, son chien est mort. Il donne des nouvelles, mais en réalité il en attend. Il ne fait qu'attendre. Il voyage, s'arrête dans des chambres d'hôtel mornes, boit dans des bars, fume beaucoup, observe le présent, donne aux objets un caractère de grigri par la seule proximité qu'ils ont eue avec l'aimée. Ses voyages, son mouvement sont la barque qui porte ses troubles et tant qu'il vogue il n'est pas totalement perdu. Le mouvement comme réaction à l'isolement. En réalité, il est un bouchon sur l'océan, il se laisse faire, il décide peu, il en est peut-être arrivé à ne plus rien désirer.

Par des mots simples, précis, par des images drôles, des aventures saugrenues, on échappe à la mélancolie qui semble imprégner l'auteur. J'ai beaucoup ri. Toutefois, lorsque je l'aurais terminé ce livre, je me demande bien quel goût me restera dans la bouche.

Dans une interview trouvée sur internet, Jean-Paul Dubois dit qu'on passe sa vie à creuser les idées comme on creuse sa tombe. Si on en déblaye de la terre, on finit tout de même par se trouver devant un trou... Une nouvelle interprétation de la condition humaine.